Emballages

Le vrac : un incontournable qui doit encore faire ses preuves

3 janvier 2022 - Karine Ermenier

TRIBUNE. Alors qu’il connaissait de fortes croissances ces dernières années, le marché du vrac se confronte à la crise du Covid-19. L’occasion pour Alexandre Francin, consultant en Analyse du Cycle de Vie & Eco-conception au sein du cabinet O2M Conseil, de rappeler les forces et les limites de ce modèle.

"Les récentes études démontrent une volonté des consommateurs de voir diminuer la quantité d’emballage des produits qu’ils achètent. Le vrac se présente comme une des réponses à cette préoccupation. S’il représente une part minoritaire de la distribution avec 0,75 % des ventes hors produits frais, sa croissance de 50 % entre 2013 et 2019 et des prévisions à 3,2 milliards d’euros de chiffre d'affaires en 2022 font de lui un modèle incontournable mais néanmoins encore fragile ... En témoigne le récent sondage de Réseau Vrac effectué en décembre qui fait état d’une baisse de fréquentation des épiceries vrac de 30 % depuis mai 2021. L’effet de la crise sanitaire qui a modifié les comportements d’achats n'y est pas étranger : encore plus de ventes en drive où le vrac est peu présent, peur du virus, moins de télétravail, etc.

Un levier contre le gaspillage alimentaire

Pour autant, le choix de la quantité voulue représente un atout indéniable pour le consommateur et un levier pour diminuer le gaspillage alimentaire (« je ne prends que ce que je vais consommer »).  Mais l’expérience montre que la quantité unitaire achetée en vrac est souvent inférieure à celle achetée en pré-emballé : le rapport entre le poids de l’emballage primaire et le poids du produit net peut dans ce cas être défavorable au vrac. A cela s’ajoutent un certain nombre de contraintes comme la gestion rigoureuse des DLC, la praticité, le nettoyage des distributeurs, l’amélioration de la formation du personnel sur le lieu de vente ou la méfiance constatée dans une situation sanitaire tendue.

Une ACV sur le vrac menée par l’Ademe

Une première solution réside(ra) potentiellement dans l’emballage réutilisable apporté par le client, en intégrant dans le modèle le nombre de réutilisations que l’emballage peut supporter et son nettoyage. Seule une analyse du cycle de vie (ACV) rigoureuse reprenant toutes les étapes de la vie spécifique du produit considéré peut donner une image précise de sa performance environnementale. L’ACV sur le vrac menée actuellement par l’Ademe devrait donner des résultats intéressants et permettre de prioriser les gammes et catégories les plus adaptées à ce modèle de distribution. De quoi mettre en évidence la coexistence possible de modèles de distribution complémentaires, selon les produits concernés.

C’est là qu’intervient la notion de « juste emballage » : si elle peine à trouver une définition acceptable pour tous les acteurs de la chaîne de valeur, la fonctionnalité de l’emballage et son rôle dans la lutte contre le gaspillage alimentaire restent très largement reconnus. Par ailleurs, le rejet de l’emballage par la population intervient dans un contexte où le besoin d’informations précises et transparentes sur le produit n’a jamais été aussi prégnante. Informations dont le principal support reste pour l’instant… l’emballage."

Alexandre Francin est consultant en Analyse du Cycle de Vie & Eco-conception au sein du cabinet O2M Conseil. Il accompagne depuis plusieurs années des entreprises dans l’évaluation et l’amélioration de la performance environnementale de leurs produits, au travers d’outils comme l’analyse de cycle de vie, l’empreinte eau/carbone ou l’affichage environnemental des produits. Il s’attarde aujourd’hui à transférer la compétence et à rendre l’éco-conception pérenne en entreprise.
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