Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation rend obligatoire le sexage in-ovo. L’objectif est de mettre fin au broyage et au gazage des poussins mâles. Crédit : Adobe Stock.

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Bien-être animal : la fin de l’élimination des poussins mâles

27 juillet 2021 - Marjolaine Cérou

Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation rend obligatoire le sexage in-ovo. L’objectif est de mettre fin au broyage et au gazage des poussins mâles.

Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie a annoncé le 19 juillet à compter de 2022 la fin du broyage et du gazage des poussins mâles. « La France sera ainsi le premier pays au monde, avec l’Allemagne, à mettre fin à l’élimination des poussins mâles. C’est une avancée qui était attendue de longue date et que nous mettons aujourd’hui en œuvre », a déclaré le ministre.

Le Conseil d’État sera saisi à la fin de l’été d’un projet de décret, précisant qu’au 1er janvier 2022, tous les couvoirs devront avoir installé ou commandé les machines de « sexage in ovo », permettant de mettre fin à l’élimination des poussins mâles. Toutes les machines devront être installées et fonctionner dans tous les couvoirs à cette date.

Le gouvernement accompagne ces changements :
-  en investissant aux côtés des acteurs dans les machines de « sexage in ovo » grâce au plan France Relance (10 millions d'euros prévus) ;
- en portant ce sujet au niveau européen dans le but de mettre fin à cette pratique d'élimination des poussins mâles le plus rapidement possible dans l’ensemble des États membres.
- en travaillant avec l’ensemble des acteurs pour une juste répartition des coûts tout au long de la chaîne, notamment grâce à la loi « Egalim 2 ». « Il s’agit en effet de répartir la charge que représente ces surcoûts mais aussi de donner de la visibilité aux couvoirs afin qu’ils bénéficient du temps nécessaire pour amortir leurs investissements », souligne le gouvernement.

L’Interprofession de l'œuf (CNPO) a annoncé de son côté poursuivre son travail en ce sens afin de déployer ces solutions. « Très attentive aux nouvelles attentes sociétales, la filière est en effet engagée depuis plusieurs années dans la recherche de techniques alternatives à l'élimination des poussins mâles. Tous les maillons se sont mobilisés sur le sujet : couvoirs, instituts techniques, centres d'emballage, fabricants d’ovoproduits, éleveurs, distributeurs », indique-t-elle.

L’interprofession pointe également du doigt le « coût élevé » de la mise en place et d'application de l’obligation de sexage in-ovo. « Outre les 15 millions d'euros d'investissements nécessaires pour l'équipement des couvoirs, la filière a évalué à 64 millions d'euros par an, les frais de fonctionnement à supporter par les éleveurs, soit 4 % du chiffre d'affaires annuel de la filière. À ce titre, nous saluons l'aide au financement des investissements des couvoirs sur laquelle le ministre s'est engagé, dans le cadre du Plan de Relance », indique le CNPO. L’interprofession estime toutefois que ces mesures auront un impact sur le coût de production des œufs et des ovoproduits : elle estime ce surcoût à un minimum de 3 centimes d'euro pour une boîte de 6 œufs. « Une hausse qui doit être répercutée à l'acheteur final, les marges des différents maillons de la filière étant trop faibles pour absorber cet investissement majeur », ajoute la filière, qui demande un accompagnement du ministère.

Les ONG spécialisées dans la protection animale ont également réagi à cette annonce. L’association Welfarm salue ces initiatives « importantes pour les poussins qu’elles émanent d’acteurs économiques ou de décisions gouvernementales ». « Nous souhaitons que le sexage in ovo soit réalisé au plus tôt, c’est-à-dire avant 7 jours d’incubation. En effet, les recherches actuelles permettent d’affirmer que l’embryon ne ressent aucune douleur jusqu’à 6 jours. Entre le 7ème jour et le 14ème jour, il y a une zone grise et la science n’est pas encore catégorique sur l’absence de sensibilité de l’embryon. Pour parer à ce doute, l’entreprise AAT a élaboré un dispositif destiné à étourdir par un choc électrique l’embryon dans l’œuf. Welfarm appelle à la généralisation de ce dispositif pour tous les œufs de poussins mâles détruits au-delà de 6 jours d’incubation », déclare-t-elle.

Deux technologies allemandes sont actuellement proposées en France : Seleggt permet un sexage de l’œuf incubé dès le 9ème jour, tandis que AAT propose un sexage de l’œuf à partir du 13ème jour. Cette technique est utilisée depuis 2020 par Carrefour dans le cadre de son partenariat avec Loué pour produire et vendre des œufs de poules issues d’une technique spectrophotométrique de sexage in ovo.

L’arrêt du broyage des poussins mâles fait suite à une réunion du 13 janvier 2020 rassemblant les ministres français et allemands de l'Agriculture et de l'Alimentation ainsi que les organisations professionnelles avicoles, les organismes de recherche, les entreprises qui mettent les procédés alternatifs sur le marché, les instituts techniques, et les associations de protection animale au Ministère de l’Alimentation et de l‘Agriculture à Berlin. Ce séminaire a permis de formaliser un partenariat bilatéral, avec un cadre de travail sur 2020 et 2021 portant à la fois sur la recherche appliquée et l’innovation, et sur les développements industriels.

 

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