Rouzbeh Rezakhanlou, directeur du marché d’affaires, EDF Commerce Ouest.

« La crise agit comme un accélérateur de transitions »

4 novembre 2020 - Pierre Christen

Quel est l’impact de la crise que nous traversons sur la stratégie énergétique à adopter ? Quelles sont les perspectives à moyen et long terme. Interview de Rouzbeh Rezakhanlou, directeur du marché d’affaires, EDF Commerce Ouest, partenaire du prix Energ’IAA.

Quel est l’impact de la crise sur la question énergétique ?

Les fondamentaux de notre métier d’énergéticien n’ont pas été changés par la crise. Celle-ci agit plutôt comme un accélérateur de transitions. Elle confirme la tendance à la décarbonation et à la production d’énergie renouvelable en local. Il va falloir concevoir en France des systèmes totalement sans carbone. Cela passe par le nucléaire, les énergies renouvelables et l’hydraulique. C’est le challenge des 15 prochaines années.

Comment ont évolué les consommations ?

Pendant le premier confinement, la chute de consommation a été assez importante entre 15 et 20 %. Il est encore trop tôt pour évoquer l’effet du second confinement. Il y a deux semaines, le niveau de consommation restait de 4 à 5 % en dessous du niveau habituel, ce qui reflète le ralentissement de l’activité économique. Les prévisions 2021 sont du même ordre. Certains secteurs sont très touchés, comme l’événementiel, le tourisme, l’aéronautique, l’automobile, en particulier au niveau des sous-traitants.

Et pour l’agroalimentaire ?

Le secteur s’en est plutôt bien sorti en moyenne, mais au prix des fortes restructurations des outils industriels. En très peu de temps, il a fallu changer les produits et les gammes, suite aux difficultés de la restauration hors domicile. Cela n’a pas eu d’impact majeur sur la consommation énergétique moyenne, mais avec de fortes différences d’un site à l’autre.

Sur le long terme, que va favoriser cette crise  ?

Dès juin, une fois la période de crise aiguë passée, les sujets fondamentaux sont revenus en force : trajectoire bas carbone, production d’énergies renouvelables, et aussi volonté d’investir dans des usines performantes, et d’améliorer la qualité et la productivité notamment pour ceux qui sont en compétition avec l’international. La crise accélère d’autant plus la transition que le plan de relance va permettre de mettre en place des actions de long terme qui n’auraient pas été faites ou pas aussi rapidement. Le plan va aider les industries à investir dans le bas carbone.

Et au niveau de la mobilité ?

Je suis impressionné par la vitesse à laquelle l’industrie automobile bascule dans l’électrique. Confirmés le 12 octobre dernier, un certain nombre de dispositifs financiers sont proposés aux entreprises pour les aider à convertir leur flotte à l’électrique. Dans ce cadre, notamment, elles pourront bénéficier pour installer des bornes de recharge de la prime ADVENIR, programme dont le groupe EDF est un des principaux financeurs. Par ailleurs, avec IZIVIA, filiale du groupe EDF, le groupe s’est engagé aux côtés de l’Etat à participer activement au déploiement des 100 000 points de charges en accès public d’ici 2021.

Comment se positionne le groupe EDF ?

En tant qu’industriel du secteur de l’énergie, nous travaillons sur la transition énergétique de façon historique depuis plus de 50 ans. J’ai été recruté dans les années 90 par des collègues qui investissaient déjà dans les énergies renouvelables, initialement suite à la crise de 73. Aujourd’hui fondamentalement, les outils pour décarboner l’économie, aller vers une électricité bas carbone et renouvelable, les économies d’énergie et une production locale, ce sont pour la plupart nos outils.

Et les évolutions technologiques ouvrent de nouveaux champs possibles en termes de services énergétiques, au niveau de l’autoconsommation, de la mobilité électrique et de tous les services connecté.

Que peuvent faire concrètement les industriels de l’agroalimentaire ?

La grande majorité des entreprises a déjà adopté une stratégie pour aller vers la neutralité carbone. Elles ont un intérêt à le faire, la réglementation européenne va finir par rendre les choses plus contraignantes. Cela va coûter cher de produire du carbone. La tendance du local n’est pas seulement vraie dans la façon de s’alimenter, on la retrouve dans la production d’énergie. L’entreprise La Normandise, prix Energ’IAA 2020, est un modèle du genre, avec la récupération de chaleur fatale, et l’investissement dans la production de biogaz qu’elle réutilise. Les ombrières de panneaux solaires sur les parkings se généralisent. Dans le Nord, nous avons réalisé la première installation associée à des bornes de recharge pour véhicules électriques. Ces évolutions vont aller de plus en plus vite.

Comment évoluent les prix de l’énergie ?

Ils font du yo yo ! Les prix de l’énergie sont volatils, ils dépendent de l’offre et la demande. Le ralentissement économique a mécaniquement provoqué une forte baisse. Partout dans le monde, sauf en Chine, l’activité économique n’est pas florissante. Les prix du pétrole, du gaz et du charbons sont plutôt bas. Sans être un spécialiste, la sortie de crise et le redémarrage ne semblent pas se profiler avant juin 2021. Notre rôle est d’accompagner les clients pour saisir les meilleures opportunités de marché. Compte tenu du contexte, c’est le bon moment.

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