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Électrification

Électrification des usages : Retour sur la table ronde avec l’ABEA et EDF

Lors de la table ronde organisée au CFIA Rennes par la rédaction avec la participation de Marie Porteu de la Morandière, cheffe de projets performance industrielle de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (ABEA) et Frédéric Thébault, directeur EDF Commerce Ouest, la question de l’électrification des usages dans l’industrie agroalimentaire s’est imposée comme un levier incontournable de décarbonation. Revivez les échanges.
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  • Auteur : Christophe Meneust

Le contexte est d’abord climatique. « Aucun scénario de neutralité carbone ne pourra être atteint sans une hausse significative de la part de l’électricité dans les usages industriels », rappelle Frédéric Thébault. À cet enjeu s’ajoutent des considérations de compétitivité et de souveraineté énergétique. L’électricité française, à la fois décarbonée et compétitive, constitue un atout stratégique dans un contexte de dépendance aux énergies fossiles importées. Les entreprises agroalimentaires bretonnes apparaissent déjà sensibilisées : « 81 % d’entre elles considèrent la décarbonation comme prioritaire et 79 % ont un responsable dédié au sein de leur comité de direction », reporte Marie Porteu. Le sondage mené par l’ABEA, d’où sont tirés les chiffres précédents, révèle un mix énergétique encore équilibré entre gaz et électricité avec en moyenne 55 % d’énergie déjà décarbonée. « Seules 10 % des entreprises ont significativement électrifié leurs usages, tandis que 71 % en sont encore au stade de réflexion », poursuit-elle. Les applications les plus avancées concernent la production de froid (positif et négatif), tandis que les perspectives à moyen terme portent sur les applications de vapeur, le séchage ou encore la mobilité.

Trois grandes catégories de freins émergent de ce sondage. D’abord économiques : les investissements initiaux élevés, des retours sur investissement jugés trop longs et une perception d’un coût de l’électricité supérieur au gaz. À cela s’ajoute une fiscalité moins favorable. D’un autre côté, les freins techniques, bien que réels, tendent à diminuer : « Environ 85 % des solutions d’électrification existent déjà, mais leur intégration nécessite une approche globale des procédés », explique Frédéric Thébault. Enfin, les infrastructures électriques peuvent constituer un point de blocage selon les industriels, notamment pour accompagner une montée en puissance des usages.

Des leviers pour accélérer la transition

Face à ces obstacles, plusieurs leviers ont été identifiés. Le premier est financier, avec des dispositifs comme les contrats d’économies d’énergie (CEE) ou le Fonds Chaleur qui permettent d’améliorer la rentabilité des projets. Le second est technique, avec le besoin de solutions plus performantes, éprouvées et souvent hybrides. « Le partage de retours d’expérience apparaît essentiel pour rassurer et guider les industriels », complète Marie Porteu. Les contrats d’électricité à long terme offrent également une meilleure visibilité économique en limitant la volatilité des prix. Par ailleurs, la réflexion doit dépasser le seul périmètre industriel : 80 % des émissions relèvent du scope 3, impliquant l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans cette dynamique, EDF et l’ABEA souhaitent approfondir les travaux sur des procédés clés, comme la vapeur, le séchage ou la stérilisation. Comme l’ont souligné les deux intervenants, « l’objectif est clair : donner un nouvel élan à l’électrification à l’échelle territoriale ».

La table ronde avait pour thématique l'électrification des usages comme levier de compétitivité.

La table ronde avait pour thématique l’électrification des usages comme levier de compétitivité.