La sécheresse au Brésil impact les cours de nombreuses matières agricoles partout dans le monde, maïs, blé et soja en tête.

La hausse des matières premières continue d’inquiéter

14 juin 2021 - Pierre Christen

Les industriels de l’alimentaire font face à une flambée des matières premières agricoles et industrielles alors même que la guerre des prix entre enseignes bloque les revalorisations demandées. La tendance inflationniste dépasse le pic de 2008.

Le phénomène était sur toutes les bouches lors du dernier salon CFIA à Rennes. Les fournisseurs de l’agroalimentaire font face à de très fortes tensions sur leurs approvisionnements. Une situation qui se répercute inévitablement sur les entreprises de transformation alimentaire.

L’Ania (Association nationale des industries alimentaires) met en lumière un chiffre édifiant : l’indice FAO des prix des produits alimentaires a atteint un niveau jamais vu depuis dix ans, avec une hausse moyenne de 31 % en un an. En cause : l’emballement de la demande chinoise, et dans une moindre mesure états-unienne, alors même que des aléas climatiques mettent à mal les récoltes, notamment au Brésil. Les hausses sont éloquentes : + 26 % pour les céréales, + 100 % pour les huiles, + 58 % pour le sucre. Et, par ricochet, les prix des produits laitiers ont progressé de 24 % et ceux des viandes de 6 %.

Ceci alors même que le contexte de reprise post-Covid fait aussi flamber le prix des matières premières industrielles... Ce mouvement inflationniste dépasse le pic qui avait été provoqué par la crise financière de 2008. En France, selon deux consultations menées par l’Ania (200 réponses d’entreprises) : les évolutions moyennes constatées sont de l’ordre de 22 % en moyenne sur les matières premières alimentaires, avec des hausses records pour les volailles (+ 63 %), le soja (+ 45 %), les huiles (+ 28 %), le maïs (+ 19 %), le beurre (+ 16%), la poudre de lait (+ 15 %).

Du côté des matières premières industrielles, les hausses enregistrées sont aussi très significatives : + 45 % pour le carton, + 28 % pour le transport, + 19 % pour le papier, + 16 % pour le plastique et pour l’aluminium, + 15 % pour le verre, et + 10 % pour les énergies. Soit une hausse moyenne de 14 %.

Un besoin tarifaire moyen de 9 %

Pour l’Ania, la question désormais cruciale est la capacité des entreprises agroalimentaires à répercuter, de manière raisonnable, une partie de ces inflations auprès de leurs clients de la grande distribution. « Il en va de leur santé financière », pointe l’association dans un communiqué. D’autant que la guerre des prix entre enseignes a repris de plus belle. Selon les données Iri, la déflation en GMS en 2020 a atteint 0,3 %. Et le dernier comité de suivi des relations commerciales fait état de négociations commerciales 2021 ayant entériné de nouvelles déflations.

 L’Ania se fait ainsi le porte-voix des besoins tarifaires exprimés par ses adhérents, en lien avec la hausse du prix des matières premières. La demande de hausse moyenne est de 9 %. Certains secteurs demandant des hausses tarifaires plus importantes, à l’instar de la fabrication d’huiles et de graisses (+ 50 %), de l’industrie du grain (+ 18 %) et de celle des produits laitiers (+ 11 %).

D’autres fédérations professionnelles ont embrayé le pas de l‘Ania. La FICT, représentant les entreprises françaises de charcuterie traiteur, met en lumière l’envolée du prix du porc de 29 % depuis le début de l’année 2021. D’où l’augmentation de nombreuses pièces de découpe qu’elles utilisent. Ainsi, depuis début 2019 : + 22,6 % pour le prix du porc au cadran, + 72 % pour le gras, + 37,3 % pour le maigre de porc, et + 34 % pour la poitrine.

Les mêmes industriels subissent l’augmentation des prix des matières premières issues de volailles liée à la flambée des coûts de l’aliment. L’indice aliment de l’Itavi, en mai 2021, progresse sur un an de 30 % pour le poulet, 28 % pour la dinde et 27 % pour le canard à rôtir. Une augmentation qui se répercute automatiquement sur le prix des produits de volailles payés par les charcutiers, le prix étant souvent indexé contractuellement sur le coût de l’aliment.  

Dans le secteur des légumes en conserve et surgelés, les industriels appellent également à une revalorisation par la voix de leur fédération (Unilet) au moment où démarre la récolte pour le pois. Pour rappel, l’année 2020 s’était révélée être une annus horribilis du fait de mauvaises conditions climatiques avec des volumes récoltés en berne sur certaines productions : -12 % pour les flageolets et -11 % pour les haricots. Depuis 2015, la baisse relative des prix sortie usine sur les légumes en conserve est de 5,8%. Elle est de - 3,3% pour les légumes surgelés. Dans le domaine des fruits et légumes frais prêts à l’emploi, les professionnels, représentés par le SVFPE, alertent quant à la hausse des coûts de transport et des coûts d’emballage en plastique (entre +10 et + 60 %) et en carton (de 10 à 20 %).

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