Emballages

La SNCF prise en flagrant délit de plastic bashing

29 octobre 2021 - Karine Ermenier

Aussi populaire soit, auprès du grand public, la mesure prise par la SNCF de supprimer les bouteilles d’eau en plastique de ses wagons-bars, elle repose sur des arguments critiquables. Comme le déplore Polyvia, l’union des transformateurs de polymères.

A croire que la SNCF n’a crainte d'user voire d'abuser du greenwashing ! Distinguée par un prix Pinocchio du développement durable il y a quelques années et pointée du doigt à propos de ses annonces sur l’hydrogène l’an dernier, la société récidive, cette fois sur le thème des emballages. Elle a, en effet, annoncé la fin de la vente de bouteilles en plastique dans ses wagons-bars le 14 octobre dernier : soit 2 millions d’emballages en moins à l’année. Vu comme ça, rien à redire ! Les bouteilles seront remplacées par d’autres emballages : en l'occurrence, par des briques en carton pour l’eau plate, fabriquées par la Compagnie des Pyrénées nouvellement arrivée sur le marché (Lire notre reportage en juin 2021) et des canettes en aluminium pour l’eau gazeuse. Le problème est la SNCF justifie cette substitution par la volonté de passer sur des emballages plus vertueux car recyclables. « C’était un vrai paradoxe qu’on mette des millions d’euros pour avoir des TGV recyclables à 97 % et qu’on y vende des bouteilles en plastique », a ainsi déclaré Alain Krakovitch, directeur de Voyages SNCF.

 

'Eau Neuve, marque de la jeune Compagnie des Pyrénées (visitez-là en image dans notre reportage de juin 2021) est l'heureuse élue de la SNCF. Une aubaine pour cette PME dirigée par Damien Chalret du Rieu (ancien co-fondateur de Viadeo) car la SNCF écoule chaque année 2 millions de bouteilles d'eau dans ses wagons-bars. La brique Tetra Top en question est composée à 88 % de carton et 12 % de PEBD (polyéthylène basse densité) dérivé de la canne à sucre pour le bouchon et l'épaulement. Ainsi que d'une feuille d'aluminium de l'épaisseur d'un cheveu.

L'Eau Neuve, marque de la jeune Compagnie des Pyrénées (visitez-là en image dans notre reportage de juin 2021) est l'heureuse élue de la SNCF. Une aubaine pour cette PME dirigée par Damien Chalret du Rieu (ancien co-fondateur de Viadeo) car la SNCF écoule chaque année 2 millions de bouteilles d'eau dans ses wagons-bars. La brique Tetra Top en question est composée à 88 % de carton et 12 % de PEBD (polyéthylène basse densité) dérivé de la canne à sucre pour le bouchon et l'épaulement. Ainsi que d'une feuille d'aluminium de l'épaisseur d'un cheveu.

Il n’en a pas fallu davantage pour faire monter l’union des transformateurs de polymères au créneau. Par courrier adressé à Jean-Pierre Farandou (p-dg de la SNCF), Emmanuelle Perdrix, la présidente de Polyvia, a dit « bien entendu respecter le choix de la SNCF de commercialiser les produits qu’elle souhaite, mais c’est la teneur des arguments accompagnant cette annonce qui nous semble parfaitement contestable. » Elle rappelle que les bouteilles d’eau en plastique vendues en France sont en PET, voire en PET recyclé et qu'elles sont donc recyclables. Ce que ne devrait pas ignorer un groupe de l’envergure de la SNCF…

"Ce qu'on appelle le décyclage" 

« Si  elles  sont  correctement  collectées  par l’organisation  qui  les  commercialise,  les bouteilles en plastique permettent la  fabrication de nouvelles bouteilles avec les mêmes propriétés, poursuit Emmanuelle Perdrix. C’est un cycle fermé et totalement vertueux ». Que penser de  la «nouvelle»  bouteille ? La présidente de Polyvia a son idée : « Faut-il rappeler  qu’elle-aussi  est  constituée  de plastique, pour le pelliculage du carton et pour le bouchon ?» Elle poursuit : « La substitution d’un emballage mono-matériau par un emballage multi-matériaux ne va pas dans le sens d’une meilleure recyclabilité. Contrairement à la bouteille en PET, les bouteilles en «carton»  ne  serviront  jamais  à  refaire  la  même  bouteille.  Le mélange  polyéthylène/aluminium  obtenu après  traitement des briques alimentaires sert au mieux à élaborer des produits de qualité moindre : ce qu’on appelle le décyclage (downcycling en anglais), une approche peu compatible avec le «100 % éco-responsable» ».

En clair, si la revendication d’une ambition environnementale est évidemment positive, encore faut-il bien mesurer la portée et le fondement de certaines allégations. « Le simplisme de certaines assertions ne résiste  pas  à  un  examen  attentif  des  faits,  quand  les  solutions  alternatives  s’avèrent écologiquement moins performantes : n’est-ce pas là que réside «l’hérésie», en réalité ? », a conclu la présidente de Polyvia. Avant d’inviter la SNCF à lui envoyer les éléments de preuve sur lesquels la société s’appuie pour nourrir ses discours publics.

 

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