Interbev devoile 10 mesures pour reconquérir la souveraineté alimentaire de la France
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- Auteur : Christophe Meneust
Construites collectivement par les fédérations nationales membres de l’interprofession, ces 10 mesures ont pour objectif de freiner la baisse du cheptel de ruminants français et de préserver la souveraineté et l’indépendance alimentaire de la France. « Ce plan constitue une déclinaison concrète et opérationnelle du travail engagé par la filière depuis l’annonce du Plan gouvernemental de reconquête de la souveraineté sur l’élevage, présenté par le gouvernement lors du Salon de l’Agriculture en 2024. Il met à disposition des pouvoirs publics des mesures immédiatement actionnables, dans un contexte où la décapitalisation exige une mobilisation rapide et cohérente », explique l’interprofession.
« Pour restaurer durablement notre souveraineté alimentaire, la France a besoin d’un cap clair, cohérent et interministériel. Sans cela, nous continuerons de perdre des éleveurs, des prairies, des abattoirs… et notre capacité à produire notre propre alimentation. Il est temps d’agir », déclare Jean-François Guihard, président d’Interbev.
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1 - Exiger que les viandes importées respectent les règles françaises et refuser la conclusion d’accords de libre-échange inéquitables
« Les filières françaises de ruminants ne peuvent faire face à la concurrence déloyale de viandes importées issues de systèmes de production qui ne respectent pas le haut niveau d’exigence imposé aux producteurs européens ». Ainsi, l’interprofession demande d’empêcher la ratification de l’accord Mercosur au Conseil de l’UE et appelle également à une opposition au parlement européen. Elle met en avant le maintien d’une vigilance maximale et de refuser toute concession sur les viandes bovines et ovines en provenance d’Australie tant que les conditions de production ne sont pas équitables. De plus, elle milite pour sortir définitivement la viande bovine du champ des négociations commerciales avec l’Inde (comme cela a été fait pour le sucre et les produits laitiers). « Les conditions de production indiennes ne permettent pas de garantir le niveau d’exigence sanitaire et de traçabilité requis en Europe », affirme l’organisation. Plus largement, pour tous les échanges commerciaux, tout nouvel accord de libre-échange doit satisfaire l’application effective de mesures miroirs prévues dans la réglementation européenne et que toutes toutes les importations, dans les échanges commerciaux, respectent les standards européens, afin d’assurer une concurrence loyale et de préserver la confiance des consommateurs.
- 2 - Renforcer les soutiens aux filières ruminants, notamment les aides de la PAC (politique agricole commune), pour enrayer la baisse du cheptel
Dans un contexte de baisse du cheptel qui se poursuit avec -1,2 million de vaches perdues en France en 10 ans, – 17 % d’abattages de veaux en 3 ans, - 40 % d’abattages d’agneaux français en 20 ans et - 20 % d’abattages de chevreaux en 10 ans (2014-2024), les politiques publiques, françaises et européennes, doivent donner aux éleveurs les moyens de maintenir leurs troupeaux, essentiels au maintien des prairies, de la biodiversité et de la vitalité économique des territoires ruraux.
Sur ce point, l’interprofession demande de sécuriser les aides couplées dans le cadre de la PAC pour maintenir les cheptels partout sur le territoire et de poursuivre et renforcer l’aide ovine dans la PAC pour soutenir la et reconquérir du cheptel ovin.
- 3 - Mettre en œuvre une politique sanitaire cohérente et axée sur la prévention
La France et l’Europe sont confrontées à plusieurs vagues de maladies vectorielles comme la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), la fièvre catarrhale ovine (FCO) et la maladie hémorragique épizootique (MHE). Les impacts sur les cheptels sont significatifs et les pertes de production liées à ce contexte sanitaire accentueront le manque de viande disponible dans les mois et années à venir.
Interbev demande la mise en œuvre d’une politique sanitaire cohérente et fondée sur la prévention et la vaccination, pour mieux protéger les cheptels et faciliter les mouvements d’animaux. Et de porter cette stratégie au niveau européen.
- 4 - Favoriser le renouvellement des générations et la préservation des savoir-faire à tous les niveaux de la filière
Le renouvellement des générations est un enjeu majeur pour maintenir la production en France et transmettre les savoir-faire. Pour accompagner cette transition, il apparait primordial de poursuivre le développement de la contractualisation, pour sécuriser la rémunération des éleveurs et garantir l’approvisionnement des opérateurs. Renforcer les dispositifs pour permettre d’investir dans le renouvellement et la modernisation des bâtiments d’élevage : aide à l’installation, à la rénovation et modernisation et dispositifs de financement adaptés. Et soutenir l’attractivité des métiers de la filière élevage et viande et assurer une juste rémunération.
- 5 - Assurer une réglementation européenne pragmatique et cohérente et harmoniser son application
La filière appelle à davantage de pragmatisme dans la conception et l’application des réglementations, qui doivent être cohérentes avec la réalité du terrain. « L’UE s’est déjà dotée des normes parmi les plus strictes au monde. Le risque serait d’imposer des contraintes supplémentaires aux éleveurs et autres acteurs de la filière, sans gain réel pour le bien-être animal ou l’environnement », explique-t-elle.
L’interprofession milite pour maintenir le cadre réglementaire actuel concernant le bien-être animal dans le transport des animaux et garantir une application homogène dans tous les États membres. De plus, concernant le Règlement UE « Déforestation » il est demandé une mise en application réaliste et proportionnée, tenant compte des spécificités françaises et de l’absence de déforestation en France.
- 6 - Accélérer la dématérialisation et sécuriser son déploiement
Pour répondre aux enjeux de traçabilité, les filières ont besoin de systèmes d’information modernisés, sécurisés et fluides dans la transmission des informations. Cette modernisation repose sur le déploiement fiable et opérationnel de la dématérialisation des documents d’identification, annoncée depuis trois ans.
La demande est de lancer la dématérialisation de manière opérationnelle, avec des garanties sur la fiabilité technique du système, un financement clair, une concertation avec les acteurs de terrain et un calendrier de déploiement respecté.
- 7 - Renforcer la présence de la viande française en restauration collective
Selon Interbev, malgré les avancées législatives (loi Egalim, loi Climat et Résilience), les règles d’approvisionnement du secteur de la restauration hors domicile (RHD) sont trop peu appliquées et les budgets publics demeurent insuffisants pour favoriser l’achat en viandes durables et de qualité.
Face à ce constat, il est demandé une application stricte des obligations des lois Egalim et Climat (60 % de viandes durables et de qualité et 100 % dans la restauration d’État). De plus, une revalorisation du budget de la commande publique pour permettre l’achat de viandes durables et de qualité est demandée pour satisfaire cette application.
- 8 - Garantir la transparence de l’origine auprès des consommateurs
L’information sur l’origine des viandes est essentielle pour permettre aux consommateurs de faire un choix éclairé dans tous les circuits de distribution.
De fait, il est demandé un rétablissement de l’obligation d’indication sur l’origine des viandes utilisées comme ingrédients dans les produits transformés (renouvellement du décret qui a pris fin 2021) et d’étendre l’obligation d’étiquetage de l’origine aux produits tripiers et à la viande chevaline. De plus, un contrôle strict est demandé sur l’indication de l’origine dans les restaurants et rendre obligatoire l’information sur l’origine des viandes utilisées comme ingrédients dans les produits transformés fournis aux restaurateurs et promouvoir les démarches interprofessionnelles « Viandes de France ».
- 9 - Définir un affichage environnemental des produits alimentaires juste et cohérent, qui valorise réellement les atouts de l’élevage herbager
La France repose sur un modèle d’élevage herbagé, reconnu pour ses bénéfices environnementaux. « Ceux-ci ne sont pourtant pas pris en compte par la méthode actuelle de l’Analyse du Cycle de Vie (ACV), centrée uniquement sur l’impact carbone, ce qui pénalise les systèmes herbagers à cycle de vie long et conduit à une évaluation incomplète de leur durabilité », explique l’organisation. De fait, l’affichage environnemental doit valoriser l’ensemble de ces externalités positives auprès des consommateurs.
Il est demandé de définir un affichage environnemental qui prenne en compte l’ensemble des impacts et d’éviter des signaux trompeurs pour les consommateurs.
- 10 - Reconnaître la place de la viande dans l’équilibre alimentaire
La filière a construit une feuille de route « Souveraineté et Décarbonation » qui permet d’atteindre les objectifs environnementaux de la Planification écologique, tout en maintenant les prairies et la capacité de la filière à répondre aux besoins en viande française sans accroitre les importations. Les dimensions environnementales et nutritionnelles doivent être prises en compte dans les politiques publiques de manière cohérente et coordonnée entre les différents ministères (Agriculture, Santé, Transition Ecologique).
Il est demandé de reconnaître la place de la viande dans les repères nutritionnels et assurer une cohérence des politiques publiques. De plus, une concordance entre les hypothèses de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) avec la feuille de route « Souveraineté et Décarbonation » construite par la filière et un accompagnement de sa mise en œuvre par un plan d’investissement public pour atteindre les objectifs climatiques tout en préservant les prairies et la capacité de production est également demandé.