Le groupe Danone engage un plan de restructuration

23 novembre 2020 - Pierre Christen

1500 à 2000 postes supprimés dans le monde, de 400 à 500 en France. C’est l’annonce d’Emmanuel Faber faite aux investisseurs lundi 23 novembre, en vue de retrouver une marge supérieure à 15 % dès 2022. Les syndicats déplorent une remise en cause du double projet économique et social, alors que le groupe est mis sous pression par ses actionnaires.

« Le double projet économique et social que le groupe Danone a toujours porté ne résiste pas à la crise que nous traversons », déplore le syndicaliste SNI2A CFE-CGC Yannick Pichon, secrétaire du comité de groupe Danone. Lors d’une communication aux investisseurs, lundi 23 novembre matin, Emmanuel Faber a annoncé un plan d’économies d’un milliard d’euros visé en 2023, intégrant une réduction de 20 % des coûts de structure. Ces économies vont reposer sur de nouvelles sources de productivité industrielles, s’appuyant sur des leviers tels que la digitalisation, de façon à abaisser de 300 millions d’euros le coût des produits vendus. L’autre volet, 700 millions d’euros, repose sur une baisse des frais généraux et d’administration, qui va se traduire par la suppression de 1500 à 2000 postes dans les sièges locaux et mondiaux (jusqu’à 25 % de réduction des effectifs pour ces derniers). La France est particulièrement par ce plan avec 400 à 500 suppressions de postes.

« Nous sommes confrontés à la fermeture des canaux hors domicile, qui affecte partout notre activité d’eaux, à la réduction des gammes portées par nos distributeurs, au creux annoncé dans la dynamique des naissances, mais aussi à des coûts opérationnels plus élevés liés aux mesures sanitaires et à la sécurisation des approvisionnements et des flux », a justifié le p-dg du groupe français. Emmanuel Faber a cependant défendu le positionnement « Une Planète, Une Santé », décrivant une situation paradoxale, où « ce cadre d’action, ancré dans notre portefeuille de produits et de marques d’alimentation saine, durable, est rendu encore plus pertinent par la situation actuelle, mais d’un autre côté, nous ne sommes pas en mesure ni de tirer pleinement des évolutions actuelles les opportunités qu’elles représentent, ni de répondre de façon optimale à ses défis ».

Redonner la priorité au local

Le plan d’adaptation du groupe est résumé par le slogan « Local First », vu comme l’enseignement majeur provoqué par la pandémie. La réorganisation va redonner de l’autonomie aux business units locales, qui ne seront plus sous la férule d’une organisation mondiale par catégorie. Danone pourrait rapprocher son siège mondial situé à Paris de celui qui vient d’être construit à Rueil-Malmaison. Autre leitmotiv du plan d’adaptation : les chaînes de décision devront être raccourcies pour gagner en agilité. Ce qui implique un nouveau rôle pour les fonctions centrales : « être au service de la compétitivité des pays et créer et favoriser l’intelligence collective entre les équipes locales », commente Emmanuel Faber. En clair, être mieux connectées au business.

Suite à ce plan, Danone vise un retour à la croissance rentable dès le second semestre 2021. L’ambition à moyen terme est une croissance des ventes comprise entre +3 et + 5 % en données comparables. « La croissance est une condition sine qua non de notre succès, mais je veux insister sur l’importance de la rentabilité car cette année a montré que la compétitivité peut être déstabilisée par les à-coups de la conjoncture», affirme Emmanuel Faber. L’entreprise vise une marge opérationnelle courante comprise entre 15 et 20 % à moyen terme, avec le nouvel objectif d’atteindre dès 2022 une marge supérieure à 15 %, soit le niveau pré-Covid.

Les vives réactions des syndicats

Une annonce qui a fait bondir les syndicats de salariés. « Cette décision traduit la seule volonté des dirigeants de Danone de se livrer à une course à la rentabilité avec d’autres géants des industries agroalimentaires. Le groupe a finalement cédé à la pression financière des marchés, pour retrouver la confiance des actionnaires alors qu’il est malmené en Bourse ». Même son de cloche du côté de la CFDT : « Ces annonces sont en partie dues au mécontentement d’actionnaires qui veulent être mieux rémunérés. La CFDT imaginait et espérait que les actionnaires du groupe Danone étaient à l’image de l’entreprise qui porte des valeurs sociales, sociétales et environnementales de haut niveau et qu’ils étaient prêts à accepter que Danone leur délivre un peu moins de rentabilité au vu des engagements pris. »

Le ton est encore plus virulent du côté de la CGT qui déplore la stratégie du « produire moins et plus cher », qui se fait, selon le syndicat, au détriment des volumes, des emplois, du potentiel industriel et des populations. Le syndicat va même plus loin : suite à « la valse des cadres dirigeants du groupe dans les dernières semaines », il s’interroge : « Et ne serait-ce pas le début du démantèlement complet du groupe, de la vente par appartement ou de la cession à un autre grand groupe de l’agroalimentaire plus puissant encore ? ».

 

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