Les défis de l'emploi dans les industries agroalimentaires

24 janvier 2012 - François Morel

A la La première table ronde de la Matinale Observia : Jean-Marie Marx dg OPCALIM

Les façades sont quelquefois trompeuses ! C’est le cas pour l’emploi dans les industries agroalimentaires. Côté face, on a effectivement une situation qui paraît relativement stable. Elle se limite à une légère érosion au cours des deux dernières années (baisse inférieure à 1 %). « Ce qui ne veut pas dire –côté pile - qu'il n'y ait pas d'évolution à l'intérieur des métiers », comme l’a souligné Jean-Marie Marx le directeur général d’OPCALIM « Le contenu des emplois, a t-il précisé, a beaucoup évolué ». Il s'agit d'accompagner ces mutations, en vue de satisfaire les besoins de recrutement. Ils sont de l’ordre de 12000 postes /an. Mais la réalité des embauches est en fait plus importante, en raison du turn-over des salariés et de l’emploi saisonnier. Or les entreprises de l'agroalimentaire -tout le monde le sait - ont des difficultés pour recruter. Le taux de tension dans ce secteur de l’industrie est supérieur à 1. Autrement dit, il y a plus de postes à pourvoir que de demandes. Ce qui met en exergue une nouvelle fois l'attractivité du secteur.

L’observation des évolutions avant l’action

Les dernières études d'Observia sur l’emploi dans le secteur des industries alimentaires publiées en 2009, montrent que l'âge moyen dans les IAA est de 40 ans, que les moins de 26 ans représentent 8,1% et les plus de 50 ans 24 %. D’autre part le turn-over s’établit à 5,5 %, nécessitant le renouvellement de plus de 10 000 personnes chaque année.

Ces données nourrissent la réflexion actuelle, elles exigent de faire une analyse plus fine des évolutions. Ce qui ressort, c’est la rareté des compétences, en même temps qu’une évolution des métiers. Les premiers scenarii qui peuvent être envisagés face à cette situation, a précisé Jean-Pierre Pinasseau, vice président d'Observia, sont :

  • Le recrutement à l'extérieur des compétences manquantes, mais qui est confronté à la question de l'attractivité;
  • Le développement des compétences en interne, au sein des entreprises, qui dépend, analyse J-P Pinasseau, de la capacité de celles-ci à gérer les compétences.

Il a été beaucoup question au cours du colloque Observia des changements du monde de l’industrie. Qui conduisent notamment à une plus grande transversalité des postes : les mêmes qualifications sont exigées pour certaines fonctions quel que soit le secteur de l’industrie. Et précisément ce sont ces mutations qu’il est important de bien mesurer, afin de mieux cibler les actions. C’est la raison d’être des articulations mises en place entre toutes les instances concernées par la question de l’emploi : entre les OPCA, entre les secteurs privé et coopératif, entre les branches de l'industrie… Peut-être ira t-on jusqu'à réduire le nombre des observatoires ? On observe entre eux une très grande disparité, n’a pas caché Xavier Royer, animateur du Comité observatoires et certifications du CPNFP.

L’obligation d’agir

Le paradoxe, souligné à une ou deux reprises au cours de la Matinale Observia, est que cette multiplicité d'acteurs autour des questions de l’emploi n'a pas vraiment résolu le problème de l'attractivité des métiers de l'agroalimentaire pour les jeunes. Ce qui peut résonner comme un échec ? La solution d’avenir est-elle dans la transversalité des qualifications ? Si on prend l’exemple d'un opérateur process ou d’un responsable maintenance ou logistique, on peut effectivement arriver à des certifications inter-industries ou inter-branches.

Yves Bayon de Noyer, président d’Agis siégeant à l’ANIA et président du groupe emploi/attractivité (Comité stratégique agroalimentaire et agro-industrie) a souligné la contradiction entre un secteur industriel qui offre des métiers nombreux et variés, et le fait qu'il subsiste un déficit d'image. Jugeant regrettable qu’on ne parle de l'agroalimentaire que lorsqu'il y a des crises ou des dérapages ! Des faits négatifs qui s’ajoutent à l’image de métiers, donnés comme difficiles, dans le froid, avec des horaires extensibles, etc.

« Il faut passer de l’observation à l’action », a déclaré Yves Bayon de Noyer, au cours de la table ronde sur l’attractivité des métiers. Il remarque que « les enquêtes menées par les observatoires n’ont pas réussi pour autant à améliorer la situation de l’emploi ». Ajoutant cependant qu’au-delà des outils, « Observia a permis de travailler ensemble et de mieux se connaître ». Mais cela ne suffit pas ! Le principe a été adopté de « chasser en meute », en faisant travailler de concert les fédérations de la viande, les organismes syndicaux, les pouvoirs publics, les régions, les acteurs de la formation agroalimentaire et les IFRIA.

Cette action passe par la mise en place d'outils :

  • . La création d'un portail WEB, facilement accessible et lisible. Ce site devrait être opérationnel au mois de septembre.
  • . L’utilisation des réseaux Twitter et Facebook, pour répondre à la demande d'interactivité chez les jeunes.
  • La création de plates formes régionales ; action qui débute avec 6 régions pilotes.

Le groupe a identifié deux actions et notamment la qualification d'ambassadeurs de l'agroalimentaire, devant satisfaire aux conditions suivantes : travailler dans l'agroalimentaire, être jeune et avoir une capacité de prise de parole pour intervenir, par exemple, dans des forums. Autrement dit, on assiste à une mobilisation générale pour répondre à l’urgence économique.

Process Alimentaire - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

● Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
● Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
● Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois