Bio

Les producteurs français vont constituer une marque privée

23 janvier 2009 - Pierre Christen

Depuis le 1er janvier, le logo AB ne correspond plus aux exigences nationales qui existaient mais aux exigences du règlement européen n° 834/2007. Il est donc équivalent au logo européen, dont, par ailleurs, le design doit changer prochainement.

Depuis le 1er janvier 2009, le logo AB apposé sur les produits issus de filière de production de l’agriculture biologique répond aux exigences du cahier des charges européen établi par le règlement européen n°834/2007. Problème : les exigences européennes sont moins fortes que les exigences nationales qui pré-existaient sous ce même logo AB. En réaction, les producteurs français de la bio ont émis le souhait de mettre en place une marque privée collective, sur la base des anciennes exigences françaises. « L’idée est de reprendre les exigences nationales qui préexistaient et d’y inclure des règles supplémentaires en matière d'OGM, et d'y inclure des démarches de progrès sur les thèmes sociaux, sociétaux et environnementaux, explique Aurélie Schneider, chargée de mission « identifiant » à la FNAB (Fédération nationale d’Agriculture Biologique).
La date de création de l’association de préfiguration, destinée à mettre en place la nouvelle marque, sera discutée le 27 janvier avec les différents intervenant de la bio qui répondront présents à l'invitation de la FNAB. A terme, la marque sera gérée par une entité nouvelle et indépendante.

Des différences d’exigences

« Nous ne sommes pas contre le règlement européen, qui constitue un socle commun nécessaire au développement de la bio en Europe, déclare Juliette Leroux, chargée de mission réglementation à la FNAB. Par contre, nous regrettons l’interdiction d’utiliser un cahier des charges public national complémentaire tel que nous pouvions le faire auparavant. C’est dommage de ne pas pouvoir mettre en valeur ce que les producteurs font en plus ».

Les différences entre le label AB version 2008 et le label AB version 2009 (équivalent au label européen) sont nombreuses. Une première dissemblance est liée aux traitements vétérinaires. Auparavant, le label AB limitait l’utilisation de ces traitements en fonction du type d’animal, à la fois sur les antibiotiques et pour les antiparasitaires. Le nouveau règlement a supprimé les limitations concernant les antiparasitaires (à condition que l’animal soit malade) et a fixé des limites plus élevées pour les antibiotiques. « Une plus forte utilisation des traitements chimiques est désormais possible », constate Juliette Leroux.
L’exemple le plus criant est celui de la volaille. « Auparavant, aucun traitement n’était autorisé eu égard à la durée de vie courte de l’animal et au risque de présence de résidus chimiques, rappelle Juliette Leroux. Désormais, un antibiotique est autorisé et autant d’antiparasitaires que l’éleveur le souhaite, alors même que les traitements phytothérapiques sont efficaces et sans résidus ».

Tryptique animal-sol-plante

Un autre point d’achoppement est le lien au sol, basé sur le tryptique animal-sol-plante. Un principe de la bio à la française est qu’une partie des effluents fertilisent les cultures, qui vont servir à nourrir l’animal. « C’est ainsi que pour les herbivores, la moitié de l’exploitation devait provenir de l’exploitation par la présence de pâturages, explique Juliette Leroux. Désormais, il n’existe plus de production obligatoire à la ferme ».
Enfin le dernier point concerne les organismes génétiquement modifiés. Ils restent interdits par la réglementation européenne, mais la nouveauté est l’introduction d’un seuil autorisé de présence fortuite ou techniquement inévitable basé sur le seuil établi pour le conventionnel à 0,9%. « Auparavant l’usage était de déclasser en conventionnel les productions pour lesquelles il y avait une suspicion de contamination, relate Juliette Leroux. La nouvelle mesure n’est pas aussi systématique et ne propose pas de mesures de précaution ».
Compte tenu de ces éléments, les producteurs français plaident pour la création d’une marque privée. L’objectif sera de mettre en valeur les atouts de la filière française. « Cela correspond à une exigence éthique de la part des producteurs, ainsi qu’aux attentes des consommateurs français, affirme Juliette Leroux. On fait mieux et on veut le mettre en valeur ! ».

le risque de la multiplication des labels

Le consommateur saura-t-il se repérer entre le logo européen, dont le design est en cours d’évolution, le logo AB - qui répond désormais au cahier des charges européen -, et la future marque privée ? Une chose est sûre, les producteurs vont pouvoir prendre la main sur la marque et gérer sa communication. Les études du Credoc montrent bien que, malgré une image très positive, le logo AB est un des signes officiels de qualité les plus mal compris par les consommateurs.
Consciente que des démarches existent partout en Europe, la FNAB a invité à la journée du 27 janvier d’autres marques collectives privées européennes telles que BioGarantie (Belgique). Depuis le début du travail, le dialogue est ouvert avec la Soil Association (Angleterre), Naturland et Bioland (Allemagne) et BioSuisse en vue de discuter d'éventuelles équivalences.

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