Porc : la filière “déconnecte”

4 juin 2013 - François Morel

Le site Gad de Josselin dans le Morbihan où travaillent 650 salariés.



Le dossier abattoirs de porc Gad, en redressement judiciaire depuis la fin février avec une période d’observation de six mois (jusqu’au 22 août) revient sur le devant de la scène : "850 emplois sur la sellette "(1). Faut-il relier ce dossier à la situation jugée complexe de Gad ou bien "à la conjoncture très difficile”, décrite par le Ministère de l’Agriculture. Pour certains, la faute revient surtout aux salaisonniers qui s'approvisionnent en matières premières, là où c'est le moins cher. Le constat est qu'ils sont déconnectés de la filière. Et au jeu purement économique, il s'avère plus intéressant de faire venir des jambons d'Espagne, très dynamique à l’export, ou d'Allemagne qui dame le pion à toute l’Europe par sa main d’œuvre moins chère et ses usines plus compétitives.

Le maire de Lampaul – Guimiliau, où est situé le principal abattoir de Gad, peut effectivement se poser des questions. Sa crainte, comme il l'a déclaré dans la presse, est de voir le site de Josselin (en photo) dans le Morbihan, où travaillent 650 salariés, privilégié par rapport au site finistérien, qui pourrait être sacrifié. La suppression d'un site sur deux témoigne de la surcapacité qui existe en Bretagne, et qui ne devrait pas s'arranger d'après les observateurs ! La production dans la région bretonne s’est stabilisée aujourd'hui à environ 15 millions de porcs. Peut-on espérer que l'objectif du nouveau plan de relance du Ministère de l'Agriculture qui vise 25 millions de porcs puisse être atteint?

Etre responsable et solidaire de la filière

Les responsables politiques commencent à prendre conscience "qu'il y a le feu". Car qui dit perte d’emploi, dit baisse de consommation. “La fragilité des abatteurs et des entreprises de la charcuterie étant avérée, certains distributeurs, rappelle le ministère de l'agriculture, ont annoncé début mai être prêts à relever les tarifs d'achat de certains produits à base de viande d'origine française pour parer aux difficultés actuelles". Mais depuis, face à l’absence d’évolution, les ministres Stéphane Le Foll et Guillaume Garot ont demandé au médiateur des relations commerciales agricoles de mener une médiation entre les producteurs, les abatteurs, les transformateurs et les distributeurs. Stéphane le Foll attend de tous les acteurs d'être responsables et solidaires de la filière. C'est bien là le problème.

Il y a 15 ans, “la filière porc en France était constituée en pyramide, où tous les étages étaient imbriqués ", commente un spécialiste. “Aujourd’hui, les différents maillons de la chaîne ne se parlent plus, mais s'opposent". "C'est parce que les structures interprofessionnelles se délitent, que la situation est compliquée.” Le résultat est que des éleveurs vont mal, quand d'autres vont bien. On voit se créer des élevages comptant jusqu'à 500 truies, en multisites. Il faut y voir aussi l'effet du changement des bases démographiques: les jeunes éleveurs sont, aujourd'hui, des techniciens et des gestionnaires. Autrement dit, on fait moins dans l’idéologie. Il n'y a plus de place –ou beaucoup moins- pour la coopération. C’est plutôt le règne du chacun pour soi.

(1) Ouest-France, édition du 1er juin 2013

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