Emballages

Fabrice Peltier livre sa recette du « Juste Emballage »

9 novembre 2021 - Karine Ermenier

Dans son nouvel ouvrage dévoilé sur le salon Prod&Pack à Lyon le 16 novembre, Fabrice Peltier rappelle que l’emballage ne sert à rien … sauf s’il s’agit d’un juste emballage ! Une plongée en quatre chapitres sur la méthodologie à adopter pour faire face aux défis de la préservation des ressources, de la lutte contre la pollution et le gaspillage mais aussi de la mutation du commerce.

Après le constat, place à la méthode. Suite au succès de son livre La Révolution de l’Emballage phase 1, qui a donné lieu à une vingtaine de conférences, le designer Fabrice Peltier édite un second opus intitulé : « Pourquoi et comment entrer dans la Révolution ? L’emballage ça ne sert à rien … sauf s’il s’agit d’un juste emballage ». L’occasion d’évoquer avec ce spécialiste de l’éco-conception les pistes à suivre pour tendre vers « le » ou plutôt « les » justes emballages. Qui, selon lui, diffèrent selon les catégories de produits concernés : les produits pré-emballés pour magasins physiques, les produits pré-emballés pour le e-commerce/vente à distance, les produits en vrac transvasés dans un contenant sur le lieu de vente. Avec, dans chaque cas, des possibilités d’emballages à usage unique ou multiple. Car pour cet expert, toute l’évolution des emballages se raisonne à l’aune de la révolution du commerce.

 

Votre livre met largement l’accent sur le « Juste Emballage ». Comment vous définissez cette notion ?

Fabrice Peltier : C’est impossible à résumer. Mais on peut dire qu’il s’agit d’un emballage fonctionnel qui se défait du « sur » qui ne sert à rien. Car l’emballage est le champion du monde du « sur » : surprotecteur, surperformant, surfonctionnel, surencré, superflu, etc. Il n’y a pas d’emballage idéal mais l’idée est de proposer « le moins pire ». Car aujourd’hui on emballe des produits périssables dans des emballages qui ont une durée de vie infinie. On croule sous les produits à obsolescence programmée conditionnés dans des emballages durables.

 

Comment penser dès maintenant le « Juste Emballage » ?

F.P : On sait d’ores et déjà que l’usage unique ne sera conservé que lorsqu’il sera vraiment indispensable. Ce qui arrive au rayon fruits et légumes avec l’interdiction de la vente de produits de moins d’1,5 kg en emballages plastiques à usage unique va arriver à tous les marchés ! La fin du plastique à usage unique en France c’est 2040. Les lignes sont déjà claires pour agir : les emballages non recyclables seront interdits en 2025-2030, il faut stopper le gaspillage des ressources et passer à l’usage multiple sur le verre, le métal mais aussi le plastique. Je n’ai pas de problème avec ça. Il y a des plastiques beaucoup plus efficients que ceux qui existent aujourd’hui pour l’usage multiple : les thermoplastiques, la bakélite, les plastiques de type « Tupperware ». Il ne faut pas se l’interdire sous prétexte que les filières de recyclage n’existent pas, il faudra les inventer. Le verre de l’usage unique n’est pas le même que celui de l’usage multiple, l’acier du réemploi c’est l’inox. Il faut penser l’emballage au-delà de la réglementation, il faut même la devancer : la réglementation vaut pour les emballages qui existent déjà, pas pour ceux qui seront développés dans les prochaines années.

 

Vous expliquez dans votre livre que le modèle du commerce traditionnel actuel va rapidement devenir minoritaire. Avec quelles incidences sur les couples contenants/contenus ?

F.P : Si l’emballage fait sa révolution c’est justement parce que le commerce est en pleine mutation. Le commerce est le complice de toujours de l’emballage. Des emballages pris à la main dans un magasin physique, demain ça n’existera plus ! Selon les prévisionnistes, 90 % des produits se vendront à distance en 2040. Le magasin traditionnel ne servira qu’à vivre une expérience, à prendre connaissance de l’offre avant de passer commande sur son smart-phone et se faire livrer ou récupérer sa commande dans un box en bas de son bureau, dans le métro ou près de chez soi.

 

Pour concevoir le « Juste Emballage », vous vous appuyez depuis des années sur votre roue de l’emballage, en quoi consiste-t-elle ?

F.P : Ma méthodologie collaborative Génépack est éprouvée depuis des années. Dans mon livre, je rappelle les 25 fonctionnalités de l’emballage et qu’il faut maîtriser ces fonctionnalités techniques à chacune des vies du système d’emballage primaire/secondaire/tertiaire : il y a une vie de production et de logistique de l’emballage, une vie en tant que produit emballé, une vie de commercialisation, une vie d’utilisation par le consommateur et une fin de vie. C’est ma roue du packaging. Chez l’industriel, j’interroge les interlocuteurs de la R&D, des achats, de la production, du marketing, du commerce et du développement durable pour que toutes les fonctionnalités à chaque étape soient prises en compte.

 

Est-ce que ça coïncide toujours avec une meilleure Analyse de Cycle de Vie (ACV) ?

F.P : L’ACV est complémentaire de tout le travail d’éco-conception mené à chaque étape du cycle de vie du couple contenant/contenu. C’est juste une radio de contrôle mais l’ACV ne dit pas sur quoi il faut travailler. Donc peut-être que la réflexion sur le « juste » emballage va aboutir à des solutions plus impactantes du point de vue du CO2. Mais l’emballage ce n’est pas tant un problème de CO2 – car il pèse 3 à 5 % de l’impact carbone d’un produit- qu’un problème de pollution, de déchets, de raréfaction de la matière et de santé humaine. Le CO2 dans l’emballage arrive loin derrière. Arrêtez de vous focaliser là-dessus !  

 

La roue de l’emballage au salon Prod&Pack - Fabrice Peltier est à la manœuvre sur le salon Prod&Pack de GL Events qui ouvre ses portes le 16 novembre pour trois jours à Lyon. On pourra découvrir son livre et sa méthodologie sur l’espace du « Juste Emballage » : il s’agit d’un espace d’exposition immersif présentant un ensemble de solutions durables et de bonnes pratiques d’emballages sur toute la chaîne de valeur du couple contenant/contenu. Fabrice Peltier est également à retrouver dans les différents cycles de conférence du salon : le mardi sur le thème du juste emballage, le mercredi lors des Assises du Réemploi et le jeudi aux côtés du climatologue Jean Jouzel.
ELO Energies

ELO ENERGIES : 
PERFORMANCE ÉNERGÉTIQUE & DÉCARBONATION

● 6 webinaires animés par notre rédaction et par nos partenaires
● Posez vos questions auxquelles les intervenants répondront en direct
● Profitez d'un accès libre et gratuit sur simple inscription en ligne