Disponibilité de la biomasse : retour sur le webinaire Elo Décarbonation
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- Auteur : Christophe Meneust
Mathieu Grossetête (Maitréa) est revenu sur le projet de chaudière biomasse de Laïta sur le site de Créhen.
Portées par le BCIAT (Biomasse, Chaleur, Industrie, Agriculture et Tertiaire) et le Fonds Chaleur, les chaudières biomasse connaissent depuis quelques années une croissance record dans l’industrie. La multiplication des projets confirme l’intérêt du secteur pour cette solution de décarbonation. Mais, elle fait émerger une question centrale : la ressource suivra-t-elle ? Entre pression sur les gisements, nouveaux usages concurrents et durcissement réglementaire, la rédaction de Process Alimentaire a consacré un webinaire sur ce sujet : Chaudière Biomasse : quels approvisionnements prioriser ? Retour sur les principaux enseignements :
Des schémas d’approvisionnement robustes
Mathieu Grossetête, directeur du bureau d’études Maitréa (filiale de Guyot Énergies), est revenu sur la récente mise en service de la chaufferie biomasse du site laitier de Laïta à Créhen (22). Inaugurée en avril 2024, l’installation de 9 MW doit couvrir plus des deux tiers des besoins thermiques du site. Le projet repose sur la valorisation de 17 000 tonnes de bois en fin de vie par an, un combustible issu de déchets tels que des meubles ou palettes. « Avant ce projet, cette matière partait à l’export faute d’exutoire local. L’enjeu était de relocaliser la valeur sur le territoire », souligne le directeur. La sécurisation de l’approvisionnement a été rendue possible grâce à un engagement de 15 ans de Guyot Environnement. L’Ademe finance le projet à hauteur de 4,5 M€ (pour un montant total de 17 M€). « L’Agence est essentielle pour la réussite des projets biomasse », rappelle Mathieu Grossetête. Classée ICPE 2971, la chaufferie utilise des combustibles solides de récupération (CSR). Elle impose un contrôle des émissions et une combustion maintenue au-dessus de 850 °C. « Le bois est une matière vivante. Il demande un pilotage continu et un dialogue permanent avec l’industriel », rappelle-t-il.
D’une puissance de 9 MW, cette chaufferie fournira plus des deux tiers de la chaleur nécessaire aux activités de transformation laitière du site Laïta de Créhen (22).
Engie Solutions, qui exploite près de 400 installations biomasse en France, développe une chaufferie de 13 MW pour le site de LSDH à Saint-Denis-de-l’Hôtel (45). Prévue pour 2027, elle consommera 35 000 tonnes de bois par an, exclusivement sous forme de plaquettes forestières, pour un gain de 17 000 tonnes de CO2 évitées. Selon Vincent Leoussoff, directeur commercial Usine chez Engie Solutions, le choix du combustible dépend d’un équilibre entre puissances installées, disponibilité du gisement local et contraintes techniques. « L’enjeu est de trouver le bon mix, au bon prix, en fonction du besoin client et de sa localisation », résume-t-il.
La chaudière biomasse de 13 MW permettra de couvrir 83 % des besoins du site historique LSDH de Saint-Denis-de-l’Hôtel et de l’Atelier Inové.
« La biomasse est un projet de territoire. Elle est vertueuse lorsqu’elle est locale », Vincent Leoussoff, directeur commercial Usine chez Engie Solutions.
Prioriser les usages pour éviter les tensions
L’étude Allice, qui agrège de nombreuses sources (Ademe, Solagro...), montre que le gisement forestier français couvre largement la demande actuelle. « Une hausse comprise entre + 10 % et + 25 % est anticipée après 2030, grâce à la progression du bois d’œuvre et à l’essor de l’agroforesterie », explique Joseph Bourgine, coordinateur de projets chez Alliance Allice. Cependant, ces prévisions doivent être modulées. Avec une mortalité des arbres qui a bondi de 80 % entre 2005 et 2021, les perturbations bioclimatiques qui modifient profondément la productivité des essences et les politiques de préservation forestière, le gisement dépend de nombreuses variables. Si la ressource couvrait les besoins de combustion (réseaux de chaleur, industrie), la montée en puissance de nouveaux usages crée des tensions. Tous les scénarios prévoient une hausse de 23 à 95 % de la demande en biomasse. Selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), la demande mondiale augmentera de 48 % d’ici 2050. Elle sera tirée notamment par : la production de carburants pour l’aérien et le maritime, la décarbonation des procédés industriels, l’intégration de nouvelles matières issues de déchets ou de résidus agricoles. L’intégration de co-produits agroalimentaires (issues de décorticage de graines par exemple) constitue une voie émergente, à condition de travailler sur la qualité et la stabilité du gisement. A contrario, certains pays européens à faible couverture forestière (ex. : Pays-Bas) misent sur le biométhanol, prêts à acheter leur lignocellulose chez leurs voisins. Face à des scénarios convergents de pression sur la ressource, il sera primordial d’organiser une priorisation des usages, déjà largement amorcée en France. Deux principes structurants émergent, la priorisation par qualité d’usage et par applications industrielles.
Merci aux intervenants :
Vincent Leoussoff, directeur commercial Usine Engie Solutions.
Mathieu Grossetête, directeur de bureau d'étude Maitréa.
Joseph Bourgine, coordinateur de projets Alliance Allice.
Vincent Leoussoff, directeur commercial Usine Engie Solutions.
Mathieu Grossetête, directeur de bureau d'étude Maitréa.
Joseph Bourgine, coordinateur de projets Alliance Allice.
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