Après-quotas : la production laitière demande plus de régulation

3 juillet 2012 - Pierre Christen

Lors d’une journée de conférences et de débats organisée par le Centre européen de recherche et d’enseignement sur le lait (Cerel), qui s’est tenue à Rennes jeudi dernier, une table ronde a dressé les enjeux autour de la fin des quotas laitiers à horizon 2015. Les représentants de la filière de production ont demandé un rééquilibrage du rapport de force avec les transformateurs.

Dans l’amphithéâtre Matagrin de l’Agrocampus Ouest à Rennes, un éleveur laitier prend la parole. Il manifeste avec véhémence son inquiétude. « On va constituer des organisations de producteur, mais on sait très bien que l’industriel va se servir du système pour nous asservir ». Réaction immédiate de Marcel Denieul, président du Cerel : « Je n’adhère pas à vos propos. S’il y a volonté d’asservissement, cela ne durera pas longtemps. L’enjeu, d’ici à 2015, est d’arriver à construire ensemble. Ce n’est pas simple, car on sort de trente ans de quotas. C’est comme les pays de l’Est à la chute du Mur, ils ont retrouvé la liberté mais ont aussi appris ses exigences », explique-t-il.

Jusqu’à présent la puissance publique organisait la relation entre le producteur et l’entreprise, en garantissant le prix par l’intervention et les volumes par les quotas. Ces deux choses tombent avec la réforme de la PAC. L’heure est à la contractualisation entre producteur et entreprise. Si les représentants de la filière laitière naviguent entre optimisme et inquiétude, ils ont clairement demandé davantage de visibilité. « La relation individuelle entre producteur et collecteur fait peser trop de risques sur le producteur, qui doit déjà faire face aux aléas climatiques, au risque sanitaire et désormais au risque économique », commente Marie-Thérèse Bonneau, présidente du comité de pilotage recherche lait des Chambres d’Agriculture de la région Pays de la Loire. Les producteurs demandent donc des outils pour ré-équilibrer le rapport de forces en leur faveur. Parmi les solutions esquissées lors du débat : des aides pour limiter voire pour retirer des productions, des systèmes de protection type assurantiel, de nouveaux lieux de partage et de dialogue autour des données de marché, etc.

Côté industriel, la lecture est différente. « Face à la volatilité des cours, il faut que l’ensemble des acteurs de la filière soient en mesure de baisser leur ligne de flottaison pour ne pas prendre les vagues de plein fouet, affirme Rémi Lescene, directeur ressource laitière Compagnie Laitière européenne et directeur du développement des approvisionnements laitiers de Bongrain. Le fait de détacher le droit à produire du sol va permettre un réaménagement parcellaire et de faire des choix afin de développer des atouts et éviter de s’éparpiller pour gagner en efficience ».

Au final, « il faut bien avoir en tête qu’à la Commission, le mot régulation est tabou, analyse de manière pragmatique Marcel Denieul. Nous devons être capables de mettre en place des outils nous permettant de réagir à des signaux négatifs du marché, mais en aucun cas, ils ne pourront devenir obligatoire, car les autres pays européens le refuseront », conclut-il.

>>Retrouvez l’analyse complète dans notre numéro de juillet-août.

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