« Food taxes » : un phénomène européen

10 janvier 2012 - Pierre Christen

« Ces taxes appliquées aux niveaux nationaux créent des distorsions de marché et divisent notre « marché unique » européen qui, par définition, devrait être harmonisé »,

La dénonciation de l’instauration des taxes « boissons » a beaucoup mobilisé les professionnels, l’Ania en tête. Car même si l’argument de la lutte contre l’obésité a été écarté au profit d’une contribution destinée au secteur agricole, ce nouveau dispositif fiscal porte les germes d’une future taxe nutritionnelle étendue à tous les produits alimentaires. Il relève également d’une logique similaire à celle qui impacte le tabac, assimilant ainsi certains aliments à des éléments nocifs pour la santé. L’autre enjeu de taille est de constater que cette nouvelle approche n’est pas franco-française, mais sévit partout en Europe.

« Fat taxes »

Le Danemark est devenu en octobre le premier pays au monde à introduire une taxe sur les graisses saturées. Les produits en contenant plus de 2,3 % (viandes, beurre, fromages, etc.) sont ainsi taxés de 16 couronnes (soit 2,15 €) par kg de graisses saturées. En Hongrie, c’est une taxe qui pénalise les aliments et boissons riches en graisses et sucres et sel , qui vient d’être mise en place. La Finlande a prévu de son côté une taxe de 0,75 €/kg affectant les produits sucrés comme les crèmes glacées, les soft drinks et les confiseries (mais pas les biscuits, ni les pâtisseries). Cette lame de fond fiscale inspire des discussions en Irlande, en Grande-Bretagne, mais aussi en Belgique et en Suède.

Interrogée par nos soins, Mella Frewen, directrice générale de FoodDrinkEurope, estime qu’« il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de ces différentes taxes, mais de notre point de vue, cette approche n’est pas du tout la réponse idéale pour combattre l’obésité, mais simplement un moyen de remplir les coffres des Etats qui sont à court d’argent ».

Des taxes discriminantes

A l’instar de l’Ania, l’association représentant les industriels de l’agroalimentaire au niveau européen rappelle que le surpoids et l’obésité sont des vrais défis aujourd’hui, mais que leurs causes ne sont pas uniquement dues à l’alimentation. « Le style de vie des consommateurs joue un rôle très important ; il est évident que si l’on mange plus que l’on ne dépense en énergie, le corps accumule des calories, ne les brûle pas et grossit. L’exercice régulier et fréquent est très important », souligne Mella Frewen avant de pointer que « les taxes sur certains aliments sont discriminantes et pénalisent les consommateurs, surtout des rangs sociaux les moins élevés, ainsi que l’industrie, qui s’est pourtant engagée à encourager les consommateurs à faire des choix alimentaires informés, notamment via la plate-forme d'action européenne «Alimentation, activité physique et santé» ».

Par ailleurs, la multiplication des initiatives nationales interroge le modèle européen . « Ces taxes appliquées aux niveaux nationaux créent des distorsions de marché et divisent notre « marché unique » européen qui, par définition, devrait être harmonisé », conclut-elle.

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