Emballages

Réemploi : des expérimentations creusent le sillon d’un changement d’échelle

31 janvier 2022 - Karine Ermenier

L’actualité est riche en matière de réemploi des emballages. Biocoop s’est engagé à passer à 470 points de collecte en 2022, Uzaje inaugure son deuxième centre de lavage industriel. Tandis que Danone tire les enseignements, avec Citeo, de son expérimentation sur les petits pots Blédina. Synthèse.

Plus une semaine ne s’écoule sans qu’une initiative ne vienne alimenter l’actualité autour du réemploi des emballages. Le 26 janvier dernier, Biocoop a annoncé ses objectifs en matière de consigne pour l’année 2022 : atteindre 470 points de collecte d’emballages réemployables partout en France, contre 173 actuellement. Ceci en ajoutant 37 nouvelles références aptes au réemploi, ajoutées aux 15 produits que propose l’enseigne de produits bio aujourd’hui.

37 nouvelles références en réemploi chez Biocoop

Trois références de kombucha seront lancées en mars 2022, 19 bouteilles de vin au printemps ainsi que dix références de bières. « De quoi atteindre 1,5 million d’emballages commercialisés par an. Pionnier dans le vrac et les solutions zéro déchet, nous souhaitons garder ce temps d’avance qui répond aux attentes des consommateurs et parfois même les devance », explique Biocoop. Pour déployer des boucles locales de réemploi, la coopérative s’appuie sur les prestataires qui se structurent en régions : Rebooteille, Alpes Consigne, L’incassable, Oc’consigne, Haut la consigne, Bout à Bout, J’me mes Bouteilles et Consign’up.

Une levée de fonds de 4M€ pour Uzaje

Dans le même temps, du côté des opérateurs du réemploi, Uzaje a annoncé l’inauguration, le 10 février prochain, de son second centre de lavage industriel, implanté dans le MIN d’Avignon (84). L’entreprise propose des solutions de réemploi qui  permettent  de  massifier  et  de  mutualiser  le  lavage  de contenants alimentaires de différentes tailles, formes et matières. Elle vient de réaliser sa seconde levée de fonds en un an, d’une valeur de 4 M€, auprès d’investisseurs dédiés à l’impact et de partenaires bancaires.  De quoi poursuivre ses efforts de recherche et développement et renforcer ses  équipes  commerciales  et industrielles pour étendre le maillage de l’activité, porter le chiffre d’affaires à 40 M€ et laver plus de 300 millions d’emballages d’ici cinq ans. Depuis octobre 2021, Uzaje coordonne un groupe de travail fédérant cinq industriels agro-alimentaires parmi lesquels le transformateur  de  cacao Valrhona, le fabricant  de  produits  laitiers  et  végétaux Triballat  Noyal et  le  transformateur  de  fruits Apifruit. Des expérimentations de réemploi en situation réelle sont prévues avec eux en 2022. A l’image de ce qui a déjà été conduit avec Biocoop ou Système U dans le cadre de l’opération « Rapportez-moi » réalisée en 2020-2021. A travers ces tests, Uzaje et ses partenaires se fixent comme objectifs de définir les emballages qui seront techniquement adaptés au réemploi et mutualisables entre industriels, de massifier les volumes et d’analyser les conditions d’une boucle logistique viable sur les plans économique et écologique.

Les enseignements du réemploi chez Blédina

L’ambition est du même ordre pour l’expérimentation menée par Blédina, toujours en collaboration avec Uzaje, accompagnés par Petrel, Loop, Lemon Tri et Carrefour. Clara Mottier, chef de projets d'économie circulaire chez Danone et Sophie Nguyen Buu Cuong, responsable réemploi et vrac chez Citeo ont tenu conférence le 31 janvier pour présenter les premiers enseignements du lancement des petits pots pour bébé réemployables à l’automne dernier par la filiale du groupe Danone. Et pour dresser les conditions d’un changement d’échelle. L’offre déployée par Blédina en mode test comprend dix références de 200 g et 400 g (multi-portions). Pour en mesurer l’intérêt et l’acceptation par les consommateurs, les équipes de Blédina ont multiplié les enquêtes en points de vente et ont même suivi 20 parents utilisateurs des petits plats en pots verre. Pour quels enseignements ? « D’abord, le consommateur vient acheter un produit, pas un pot en verre consigné ou un emballage réemployable. Il faut donc déjà que les produits soient visibles en rayon, malgré l’absence de cartonettes autour, et qu’ils correspondent aux besoins, rappelle Clara Mottier. Ensuite, la communication en point de vente et sur le pot doivent permettre d’identifier clairement que ce pot est réemployable. Ensuite, il faut embarquer le consommateur, lui expliquer l’intérêt d’acheter un pot réemployable et lui faciliter le parcours d’utilisation, de retour, de consigne, etc. » Assez tôt, les équipes de Blédina ont donc revu certains axes de communication. « Les parents tests ont aussi reconnu que le réemploi devenait vite une charge mentale, entre les pots à stocker, à ramener, à déconsigner », ajoute-t-elle. Raison pour laquelle l’accompagnement du consommateur est essentiel. En points de vente, également, se pose la question de l’espace de stockage, de l’implantation et de la mise en avant de l’offre. Assez vite, des messages standard en faveur du réemploi devront être partagés entre opérateurs pour valoriser des arguments force. Un avantage pour l’environnement par exemple ? Assez vite, Blédina a réalisé une ACV théorique en extrapolant des scénarios de passage à l’échelle : « Cela nous a conduit à une empreinte environnementale réduite de 25 % à 50 % selon les scenarii, indique-t-elle. Une nouvelle ACV va être réalisée en 2022 pour prioriser les leviers à actionner. » L’un d’entre eux est déjà identifié, celui des emballages qu’il faudra éco-concevoir en trouvant les épaisseurs juste nécessaires et suffisantes, de verre ou de plastique, pour résister aux rotations et aux conditions du process (pasteurisation par exemple). Emballages qu’il faudra aussi identifier par un design spécifique et standardiser entre les opérateurs. « Tout ceci nous permettra de désimpacter le bilan des emballages réemployables », explique Sophie Nguyen qui rappelle que les marques ne pourront pas avancer seules sur le sujet. « Cela demande un travail de concertation entre acteurs du marché qui est très nouveau, confie-t-elle. En 2021, avec le Réseau Consigne, nous avons réuni 60 industriels et créé 13 sous-groupes pour définir le portrait robot des emballages réemployables de 13 sous-catégories de produits. En 2022, nous allons réaliser des tests pour garantir l’alimentarité des emballages, vérifier leur usage par les consommateurs, etc. » Citeo travaille également avec le designer Fabrice Peltier sur un concept d’anneaux de perles gravés sur les bouteilles pour les distinguer des bouteilles à usage unique. D’ici 18 mois à deux ans, des emballages standardisés et identifiés pourront voir le jour, d’abord en verre puis en plastique.

Définir les modalités de calcul du réemploi

La mise en place d’une boucle de réemploi révèle aussi des contraintes pour les industriels : définition d’un référentiel commun de lavage pour garantir la sécurité sanitaire des produits, mise en place de doubles lignes de production ou de passages différenciés des contenants en verre perdu et des contenants réemployables sur la ligne, etc. Autre problématique à résoudre : comment comptabiliser les emballages réemployables mis sur le marché et s’assurer de répondre aux exigences réglementaires de la loi Agec qui impose 5 % d’emballages réemployables d’ici 2023, 10 % en 2027. « L’observatoire du réemploi créé en février 2022 va justement financer une étude pour proposer des modalités de calcul du réemploi pour le territoire français. Et ce, pour toutes les modalités de réemploi. Les résultats sont attendus pour fin 2022 », informe Sophie Nguyen. Qui en profite pour rappeler que la réutilisation des emballages peut revêtir trois formes dans le cadre de la loi : associé à une recharge (avec réutilisation à domicile), associé à un produit en vrac (contenant apporté par le consommateur) ou associé au pré-emballé (comme Blédina).  

« Beaucoup de questions restent encore sans réponse mais chaque expérimentation permet de mieux comprendre comment ce modèle fonctionne, pour amorcer un passage à l’échelle », se réjouit-elle. Nul doute que 2022 sera l’année d’une meilleure compréhension des conditions à réunir pour que ce nouveau modèle de production, de distribution et de consommation se structure et démontre un réel intérêt écologique comme économique.

Process Alimentaire - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

● Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
● Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
● Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois