Qualité

Fruits et légumes : bataille d'interprétation sur les pesticides

26 février 2018 - Marjolaine Cérou

La DGCCRF a relevé 2,1 % de non-conformités sur plus de 5 000 échantillons. Un rapport remis en cause par Générations Futures. Interfel et l’IUPP sont montées au créneau. Crédit : Fotolia.

La DGCCRF a publié le 20 février dernier les résultats de son plan de contrôle des résidus de pesticides dans les végétaux pour l’année 2016. Les inspecteurs ont ainsi recherché les traces de 474 résidus de pesticides.

Sur les 5 274 échantillons analysés, 2,1 % ont été déclarés non-conformes au règlement européen (396/2005) car ils dépassent les limites maximales de résidus (LMR) de pesticides autorisées. Ils concernent :

  • Des fruits :1,3 % et essentiellement des citrons verts ;
  • Des légumes : 3,1 % dont majoritairement des légumes-feuilles ;
  • Des céréales (2 échantillons) ;
  • Des produits transformés (1 échantillon).

La DGCCRF informe également dans son rapport que 37,7 % des échantillons analysés contenaient plus d’un résidu et qu’en moyenne les échantillons en contenaient 2,9. Par ailleurs, parmi ces échantillons, 721 faisaient l’objet de contrôles renforcés à l’importation. 10,5 % d’entre-eux ont été déclarés non-conformes.

La polémique née de cette étude ne repose pas tant sur ces chiffres que sur ceux également publiés par la DGCCRF sur les teneurs quantifiées. En effet, sur l’ensemble des échantillons, 55 % présentaient une teneur en résidus de pesticides quantifiable, c’est-à-dire supérieure à la limite de quantification, mais très nettement inférieure à la LMR. Ils sont donc conformes. C’est le cas de :

  • 72,8 % de fruits ;
  • 49,4 % de légumes ;
  • 60,1 % de céréales ;
  • 32,3 % de produits transformés.

Le rapport de Générations Futures publié le même jour

Ce sont donc ces résultats qu'a utilisés Générations Futures. Le même jour que leur publication, l’association environnementaliste a diffusé son propre rapport. S’appuyant sur les données DGCCRF de 2012 à 2016, il remet en cause les méthodes de l’administration. L'association porte son attention sur la teneur en pesticides pour 19 fruits et 33 légumes. Et se base sur le postulat suivant : « Les résidus détectés mais non quantifiables (supérieurs au seuil de détection mais inférieurs à la limite de quantification) ne sont pas pris en compte [dans les rapports de la DGCCRF]… même s’ils sont présents dans l’échantillon ». « On peut donc considérer que les résultats présentés ignorent une partie des résidus réellement présents », revendique l’association. Des résultats anxiogènes qui ont immédiatement fait réagir les médias et inquiété les consommateurs.

« Une interprétation opportuniste » pour Interfel

Cette annonce, parue la veille du salon de l’Agriculture, n’a pas manqué de faire réagir Interfel, qui remet en cause « une interprétation opportuniste ». L’interprofession des fruits et légumes y voit une nouvelle action de communication destinée à enfoncer les portes ouvertes et jeter le discrédit sur les fruits et légumes ». Elle rappelle aussi que les professionnels du secteur ont mis en œuvre de nombreux moyens pour maîtriser l’utilisation des pesticides.

« Des niveaux de détection infinitésimaux » selon l’IUPP

L’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) est également montée au créneau déplorant « une communication anxiogène ». L’association professionnelle rappelle que « les méthodes analytiques permettent aujourd’hui des niveaux de détection infinitésimaux, et donc que détection ne veut pas dire danger ». « De plus, un dépassement de la limite maximale résiduelle ne signifie pas un risque pour la santé car la LMR est une limite agronomique et pas une limite toxicologique. Elle sert notamment d’indicateur sur le respect des conditions d’emploi des produits phytosanitaires. […] », poursuit l’UIPP.

Comme l'a déjà indiqué la DGCCRF : « Les résultats sont en légère hausse par rapport aux années précédentes, mais ils s’expliquent par « l’acquisition de nouveaux matériels par les laboratoires qui ont permis la quantification de molécules à des niveaux plus faibles ». De plus, les laboratoires ont dorénavant à disposition des méthodes multi-paramètres pour suivre plusieurs résidus de pesticides et leurs métabolites (lire Octobre 2017, p82).

Concernant les effets éventuels sur la santé, les derniers contrôles réalisés par l’Efsa indiquent que « concernant l’exposition à long terme, aucun des pesticides ne suscitait d’inquiétude pour la santé ». Charge à présent aux autorités de se prononcer sur l'interprétation de ces résultats.

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