Fin des restitutions pour le poulet export : plan d’urgence pour Doux et Tilly Sabco

22 juillet 2013 - François Morel

Le 18 juillet, venant d’apprendre la décision de la Commission européenne de supprimer totalement les aides à l’export du poulet entier surgelé, Daniel Sauvaget, p-dg de Tilly- Sabco, principal opérateur de ce marché avec le groupe Doux, n’a pas caché son inquiétude.

Le gouvernement français et les producteurs bretons de poulet export tablaient sur une prolongation pour prendre le virage de la fin des restitutions sur le poulet à l’export. La Commission européenne qui avait reconduit pour trois mois, début 2013, le niveau de 108,50 €/t, a pris, le 18 juillet, la décision contraire de les réduire à zéro. Ce qui impose la mise sur pied, urgente, d’un plan de consolidation de la filière avicole bretonne.

Un changement brutal

Le 18 juillet, venant d’apprendre la décision de la Commission européenne de supprimer totalement les aides à l’export du poulet entier surgelé, Daniel Sauvaget, p-dg de Tilly- Sabco, principal opérateur de ce marché avec le groupe Doux, n’a pas caché son inquiétude. Le montant d’aides était descendu, rappelons-le, à 108 € / tonne de viande début 2013 (480 €/t en 2007 ). Un changement brutal qui a été décidé, selon les déclarations du porte-parole de la Commission, en raison de la situation plus favorable du marché. Rien ne justifie une décision aussi rapide, ont réagi immédiatement les groupes intéressés, à savoir Tilly- Sabco (qui représente 28 % des exportations de poulet congelé au Moyen-Orient en 2012 ) et le groupe Doux à peine sorti de son remaniement récent. Aujourd’hui ce sont des milliers d’emplois qui sont en jeu, et un risque de déstabilisation de tout le marché de la volaille.

Réaction identique du côté des ministres Stéphane le Foll et Guillaume Garot. Cette suppression des aides met à mal, en effet, le plan d’avenir échafaudé en avril par le gouvernement pour la filière avicole. Celui-ci prévoyait la mise en place d’une interprofession volaille de chair associant tous les acteurs de la filière. Avec l’objectif « d’un maintien en France d’une production standard pour le marché intérieur et pour l’export », aux côtés d’une production label.

Surtout, la décision de Bruxelles remet en en cause le modèle d’adaptation à la fin des aides, présenté par Daniel Sauvaget au mois de juin à Paris*. Tilly- Sabco prévoyait un gros effort d’investissement de 21 M€ entre 2013 et 2017. A condition qu’il y ait parallèlement un effort conjoint de la filière amont (contrats avec les groupements de producteurs revus à la baisse ) et comptant également, pour un troisième tiers, sur la création d’un fonds provisoire d’adaptation à la mondialisation. Le problème est que celui-ci devait être alimenté par les restitutions encore allouées pendant un certain temps, au moins jusqu’en 2015.

Quelles sont les conséquences de la décision de Bruxelles?

La première est de constater que la Bretagne, si on y ajoute les difficultés de la filière transformation du porc, a décidément du mal à gérer une politique de volumes, la seule qui convienne sur le marché mondial. Pour preuve la concentration qui se poursuit au Brésil, le grand exportateur mondial de viande de poulet. On vient juste d’apprendre l’acquisition par le groupe JBS de Marfrig Alimentos, la filiale régionale poulet et porc du groupe Marfrig, pour un montant de 2,75 Mrds de dollars. JBS accède ainsi au rang de géant mondial, non seulement du bœuf mais aussi du poulet. L’accord s’est réalisé avec la bénédiction du gouvernement brésilien, soucieux de créer « des champions » compétitifs à l’échelle mondiale.

Cette opération est importante au regard de l’avance prise par le Brésil à l’exportation. En dix ans, de 2003 à 2013, il a multiplié par 2 ses exportations de poulet qui sont actuellement d’environ 4 millions de tonnes (3 635 000 tonnes en 2009, source Rabobank) tout en perdant en valeur (5 814 MUS dollar en 2009 ). On est donc loin des 60 000 tonnes exportées par Tilly Sabco. Le Brésil et les Etats Unis, aujourd’hui, représentent plus des trois-quarts des exportations mondiales.

L'offensive du Brésil

Principal handicap pour les producteurs européens : le différentiel de coûts avec le Brésil. Il varie suivant les sources, plutôt de l’ordre de 250 €/t selon Rabobank et de 350€ / tonne selon Tilly-Sabco qui avait l’objectif de le ramener à 250 € / tonne en 2020. Les conséquences de la baisse des restitutions se faisaient déjà sentir sur les marchés. Elles devraient logiquement s’amplifier. A moins d’opérer une restructuration de la filière avicole française. Mais celle-ci subit une autre menace, au cœur de la réunion des interprofessions volaille à Angers le 25 avril : l’importation croissante de produits d’entrée de gamme sur son marché intérieur. La fin des restitutions en condamnant l’export du poulet congelé rend encore plus urgent le plan de modernisation de la filière basée sur « une véritable dynamique collective ».

* Lire l’article sur la stratégie de Tilly-Sabco publié dans la rubrique Entreprises du numéro de juillet-août 2013 de Process Alimentaire

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