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Filière vitivinicole

L’État débloque une aide de 40 M€ pour distiller les excédents de vins et de rosés

Annoncé le 6 janvier dernier par la ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, l’État a mobilisé la réserve de crise européenne pour financer une aide exceptionnelle à la distillation des vins rouges et rosés. Objectifs : retirer du marché une partie des volumes excédentaires et les orienter vers des usages industriels ou énergétiques.
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  • Modifié :
  • Auteur : Christophe Meneust
FranceAgriMer annonce l’ouverture d’un dispositif de distillation de crise destiné à absorber les excédents de vin et soutenir une filière en

FranceAgriMer annonce l’ouverture d’un dispositif de distillation de crise destiné à absorber les excédents de vin et soutenir une filière en tension.

Face à une dégradation persistante des équilibres du marché, les autorités françaises réactivent les mécanismes exceptionnels de régulation. Dans un communiqué publié mi-avril, FranceAgriMer annonce l’ouverture d’un dispositif de distillation de crise destiné à absorber les excédents de vin et soutenir une filière en tension. Le mécanisme vise à retirer du marché une partie des volumes invendus afin de les transformer en alcool industriel ou énergétique. Cette opération permet de réduire la pression sur les prix et de libérer des capacités de stockage dans les chais, alors que de nombreux opérateurs font face à des niveaux de stocks élevés.

40 M€ débloqués par la Commission européenne

L’aide débloquée par les fonds européens est de 40 millions d’euros. Plus précisément, son montant s’élève à 30 €/hectolitre pour le détenteur du vin, et à 3 €/hectolitre pour le distillateur. Chaque producteur devra livrer un volume minimum de 30 hectolitres à la distillation. Les opérateurs, qui souhaitent en bénéficier, doivent faire part de l’engagement entre le 20 avril et le 12 mai prochain. Les engagements doivent être déposés sur la plateforme dédiée : Aide à la distillation de crise 2026.

Une filière en crise depuis plusieurs années

Lors des précédents dispositifs déployés en 2023 et 2024, plusieurs millions d’hectolitres avaient été concernés. En 2023, environ 3 millions d’hectolitres avaient été distillés en France, avec un soutien public estimé à plus de 150 millions d’euros, illustrant l’ampleur du déséquilibre conjoncturel.

Le montant de l’aide s’élève à 40 millions d’euros.

Le montant de l’aide s’élève à 40 millions d’euros.

Une consommation en recul structurel

La crise actuelle s’inscrit dans une tendance longue de baisse de la consommation. Selon les données d'Agreste, la consommation de vin en France est passée d’environ 120 litres par habitant et par an dans les années 1960 à moins de 40 litres aujourd’hui, avec une accélération du recul ces dernières années, notamment chez les jeunes générations. Autre pilier fragilisé : l’export. Si la France demeure un leader mondial en valeur, avec environ 11 à 12 milliards d’euros d’exportations annuelles, les volumes stagnent, voire reculent. En 2023, les exportations françaises de vin ont baissé d’environ – 5 % en volume, selon les données des douanes, sous l’effet combiné de l’inflation, du ralentissement économique mondial et de la concurrence accrue. Les vins français font face à une pression croissante des producteurs espagnols, italiens et d’autres pays producteurs, souvent plus compétitifs sur les segments d’entrée et de milieu de gamme. Certaines régions concentrent les difficultés. Le vignoble bordelais, notamment, cumule surproduction, baisse des ventes et évolution des goûts des consommateurs. Un plan d’arrachage financé par l’État et l’Union européenne prévoit la suppression de plusieurs milliers d’hectares de vignes (une aide d’environ 130 millions d’euros), avec des objectifs de restructuration à moyen terme. Dans ce contexte, la distillation de crise apparaît comme un outil de gestion à court terme. Elle permet d’éviter un effondrement des prix, mais ne traite pas les causes structurelles du déséquilibre.