Le SNIA et la Coopération Agricole appellent à des clarifications règlementaires sur le sujet de la déforestation
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- Auteur : Christophe Meneust
Parmi les sujets de préoccupation de la filière, le règlement européen EUDR (lutte contre la déforestation importée) suscite de fortes inquiétudes. S'il est salué pour ses ambitions environnementales, sa mise en œuvre est jugée trop complexe, mal calibrée et confuse. Les coopératives alertent sur un risque de rupture d'approvisionnement en soja dès le premier semestre 2026, et appellent à un report, ainsi qu'à une simplification urgente du dispositif, afin de préserver la stabilité des filières.
Soja sans déforestation : les fabricants d'aliments prêts pour 100 % à fin 2025
Trois ans après le lancement du "Manifeste des fabricants d'aliments pour un soja durable", la Coopération Agricole nutrition animale et le SNIA (Syndicat nationale de l'industrie de l'alimentation animale) se félicitent des résultats de l'année 2024 qui confirment l'engagement fort et structurant du secteur de la nutrition animale, avec le dépassement de l'objectif fixé à 75 % des volumes utilisés. Ainsi, en 2024, 84,4 % du soja utilisé par les fabricants d'aliments signataires présentent des garanties de non-déforestation et de non-conversion. Le secteur reste pleinement mobilisé pour atteindre 100 % d'approvisionnements garantis sans déforestation d'ici 2025. Cet engagement s'inscrit dans la trajectoire de décarbonation du secteur.
Règlement européen : un report d'application indispensable
Les fabricants d'aliments pour animaux soutiennent les objectifs du règlement européen 2023/1115 contre la déforestation importée (EUDR). Pour rappel ce texte vise à bannir du marché européen tout produit lié à une déforestation postérieure à 2020. Par quel moyen, en obligeant chaque importateur à géolocaliser la parcelle d'où provient son produit, à vérifier sa légalité et à soumettre le tout dans un système informatique central. " Dans de nombreux pays exportateurs, il n'existe pas de cadastre fiable. Comment prouver qu'une parcelle appartient bien à tel producteur, ou qu'elle est exploitée légalement, quand il n'y a aucun registre officiel ? ", questionne François Cholat, président du SNIA. Ce texte complexe peine à s'appliquer. Il avait déjà nécessité un report d'application de 12 mois en juin 2024 de la part de la Commission pour des problématiques liées à la plateforme de collecte d'information.
Le secteur suit avec attention les discussions en cours au niveau de l'UE. Depuis longtemps il estime que ce texte est trop complexe et les lourdeurs administratives qu'il génère nuisent à ses objectifs et leur application. " Les simplifications que nous demandons ne remettent pas en cause les objectifs premiers du texte. Cependant, les annoncent successives et le manque de visibilité sur son application, prévue au 30 décembre, génèrent une forte instabilité pour les entreprises et les chaînes d'approvisionnement ", affirme Stéphane Radet, directeur général du SNIA. Cette incertitude menace la continuité des approvisionnements en soja dès 2026, avec des conséquences majeures pour les filières animales françaises et européennes. C'est pourquoi, revenant sur leur position initiale, le secteur de la nutrition animale en France demande désormais un report de l'application du règlement, en particulier pour les produits de soja qui représente 14 % des matières premières du secteur. Le SNIA demande 12 mois de report, la Coopération Agricole quant à elle, demande au minimum 6 mois. Cette demande, partagée par la Fefac (Fédération européenne du secteur), vise à permettre un débat constructif autour des propositions de simplification de la Commission européenne et à garantir une mise en œuvre efficace et durable.
Jusqu'à 1,5 milliard d'euros de coûts additionnels induits
Dans ce brouillard règlementaire, les fabricants européens d'aliments composés pour animaux font face à un marché du soja " gelé " :
- retrait des offres pour 2026,
- raréfaction et hausse des prix pour 2025 (on parle d'une augmentation de + 80 € la tonne),
- incertitude juridique sur les achats pour 2026.
La Fefac estime que ces perturbations pourraient générer jusqu'à 1,5 milliard d'euros de coûts additionnels pour le secteur de l'élevage européen, compromettant la compétitivité de la filière.
Le Manifeste des fabricants d'aliments pour un soja durable
Lancé en 2022, le "Manifeste" est une initiative portée par La Coopération Agricole Nutrition animale et le SNIA, visant à assurer un approvisionnement en soja " non déforestant " et n'ayant pas contribué à la conversion d'écosystèmes pour la fabrication d'aliments composés. Il repose sur des origines à faible risque et sur des schémas reconnus compatibles aux lignes directrices " soja responsable " de la Fefac avec des critères précis de traçabilité et de durabilité. Les entreprises signataires se sont engagées à garantir progressivement la non-déforestation et la non-conversion d'écosystèmes dans leurs approvisionnements en soja (graines, tourteaux, huiles et coques) : 50 % des volumes livrés en usine en 2023, 75 % en 2024 et 100 % en 2025. Selon l'observatoire DURALIM du risque de déforestation, sur la campagne 2024/2025, "seulement 0,08 % du soja utilisé en alimentation animale pour nourrir les animaux d'élevage en France était potentiellement exposé à un risque de déforestation ou de conversion d'écosystème".
Projet de loi de finances pour 2026 : l'approvisionnement en protéines impacté
Le règlement EUDR " Lutte contre la déforestation " n'est pas le seul élément à venir peser sur les approvisionnements futurs pour l'alimentation des animaux. La fiscalité applicable aux biocarburants est en question. Le projet déposé de loi de finances pour 2026 comprend en effet une hausse brutale de la fiscalité des biocarburants agricoles français, le Superéthanol-E85 et le B100, respectivement de 380 % et 400 %. Cette remise en cause de la fiscalité viendrait impacter les choix et investissements des entreprises en faveur de l'utilisation de biocarburants, mais les effets pour le secteur de la nutrition animale vont au-delà. La production locale de biocarburants agricoles c'est aussi la coproduction de protéines végétales indispensables à l'alimentation des animaux d'élevages, réduisant la dépendance aux importations de tourteaux de soja, notamment américain. Grâce aux biocarburants agricoles, la France atteint 55 % d'autonomie protéinique, contre 30 % en moyenne dans l'UE. C'est pour ces raisons que le SNIA soutient le retrait des alinéas 32 à 38 de l'article 5 du PLF 2026 initial, afin de permettre le maintien de la fiscalité actuelle applicable au Superéthanol-E85 et au B100. Sans cette filière, c'est environ 1 million de tonnes de tourteaux de soja supplémentaires qui seraient importées par an.