Traçabilité

Rappels Lactalis : ce qu'aurait changé la sérialisation

15 janvier 2018 - Karine Ermenier

Bientôt obligatoire pour les médicaments, la «sérialisation » aurait-elle permis d’éviter les cafouillages dans la procédure de rappel de Lactalis? «Certainement », affirment les spécialistes car le codage unitaire des produits permet de les localiser très rapidement.

Interrogés en 2016 par Process Alimentaire sur l’intérêt de la « sérialisation » en agro-alimentaire, Adents et OCS Checkweighers, entre autres, nous affirmaient alors que plusieurs industriels de la poudre de lait infantile les avaient approchés. « Nous avons déjà réalisé des tests de codage laser de codes unitaires au fond de boîtes de lait. Un de nos clients du baby-food a même prévu la place sur sa ligne pour installer le matériel de sérialisation », confirme aujourd’hui Alain Huot, directeur commercial France d’OCS Checkweighers. Pour autant, aucun industriel n’est encore totalement opérationnel sur cette technique de codage unitaire des produits, qui sera obligatoire pour les produits pharmaceutiques à compter de février 2019.

Utilisée pour les médicaments, et même les spiritueux dans l’optique de lutter contre la contre-façon, la «sérialisation » aurait-elle permis à Lactalis d’éviter les cafouillages de la procédure de rappel ? «Certainement », affirment les spécialistes. Pourquoi ? Car la sérialisation consiste à appliquer sur chaque unité de vente un code d'identification unique (sous forme alfanumérique et 2D) et d'agréger ces codes à l'échelle du carton puis de la palette pour étendre le système de traçabilité aux emballages secondaires et tertiaires. Chaque utilisateur final peut alors flasher le code de son produit et accéder à un portail qui lui assure qu'il a bien été fabriqué par l'industriel mentionné sur la boîte. Cela authentifie l'origine des produits et devient un outil puissant de traçabilité pour l'industriel car il est possible de suivre ses références une à une, partout dans le monde, en temps réel.

Le produit incriminé est automatiquement identifié lors de son passage en caisse

Dans le cas présent, les distributeurs auraient pu savoir, en un simple flash de code 2D, combien de boîtes de lait infantiles incriminées étaient encore dans leurs rayons. Dans le milieu pharmaceutique, ce système permet également aujourd’hui de signaler le passage en caisse d’un produit concerné par un rappel ! Ce qui signifie qu’aucun lait infantile potentiellement contaminé n’aurait pu être vendu après l’alerte de début décembre. Le groupe Lactalis et la grande distribution auraient ainsi évité tous risques pour leurs clients et se seraient, au passage,épargné la cacophonie de ces dernières semaines ! Mais, attention, ce scénario implique que les systèmes de caisses de la grande distribution soient, eux aussi, équipés de lecteurs 2D qui conduisent vers le portail de données produits concerné.

Dans l'absolu, la sérialisation peut également simplifier les rappels vers l’étranger. Car tout commerçant, ou consommateur, a la possibilité de scanner son produit, moyennant la création au-préalable d'une application, et ainsi de se faire géolocaliser. "Si les codes ont été flashés par les consommateurs et si ceux-ci se sont identifiés (en communiquant leur mail ou leur téléphone), il est même envisageable pour la marque de rentrer directement en contact avec eux pour les prévenir. Cela dégrade beaucoup moins l'image de la marque et permet de créer du lien avec les consommateurs", déclarait un porte-parole d'Adents dans nos colonnes en 2016.

Implication et équipement de toute la supply chain

Reste que la mise en place de la sérialisation impose l’implication et l’équipement de toute la supply chain. Il faut intégrer dans la ligne de production un logiciel qui génère les codes uniques et qui s'interface avec le MES et/ou l'ERP des industriels. Des algorithmes très puissants sont pour cela nécessaires afin de créer très rapidement un bon code, non dupliqué, qui soit sans limite de durée. Reste ensuite à imprimer (graver, étiqueter) le code unique sur l'emballage primaire grâce à des imprimantes dont le challenge est de digérer autant de numéros dans un temps très court et d'assurer un code lisible pendant toute la durée de vie du produit.

En pharmacie, le passage à la sérialisation coûterait 200 000 € à 300 000 € par ligne. Mais avec l’expérience et la généralisation à tout le secteur pharmaceutique, l’agro-alimentaire pourrait espérer des prix plus abordables de l’ordre de 50 000 € par ligne. Une paille à l’échelle du coût que devrait représenter le rappel massif de laits Milumel et Picot de Lactalis.

Retrouvez « La sérialisation fait ses débuts en alimentaire » dans Process Alimentaire de janvier 2016 (p.64 à 67) : numéro disponible ici.

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