Utilisés en charcuterie pour la conservation, la couleur rose et le goût, les nitrites et nitrates ajoutés font l’objet d’une proposition d’interdiction. Les députés doivent en débattre le 3 février 2022. Crédit photo Adobe Moving Moment

Ingrédients

Charcuteries : vers une interdiction des nitrites ajoutés ?

24 janvier 2022 - Amelie Dereuder

Un an après une proposition de loi pour faire interdire ces additifs, le sujet refait surface. Un nouveau projet va être présenté à l’Assemblé nationale le 3 février. Conséquence, les hostilités reprennent entre la Fict, et Foodwatch, Yuka, et la Ligue contre le cancer.

Les nitrites ajoutés doivent-ils être interdits dans les charcuteries ? C’est la question qui va animer l’Assemblée nationale et la société civile dans les prochains jours. Foodwatch, Yuka et la Ligue contre le cancer ont déjà commencé leur campagne de communication pour faire avancer le projet de loi. Et la Fict pour le bloquer.

Portée par plusieurs députés MoDem, la proposition de loi va être débattue le 3 février prochain. Il est question d’interdire la production de charcuteries contenant du nitrite de potassium (E249), du nitrite de sodium (E250), du nitrate de sodium (E251), du nitrate de potassium (E252) ou des extraits riches en nitrates dans les produits crus en janvier 2023 et dans les produits cuits en janvier 2025. Avant ces dates, la teneur limite serait de 60 mg/kg pour les nitrites et 120 mg/kg pour les nitrates. En outre, l’emballage devrait indiquer la mention : « contient des nitrites ou des nitrates ajoutés et qui peuvent favoriser les cancers colorectaux » et  la quantité des nitrites et nitrates en question. La proposition de loi prévoit aussi des aides pour aider les PME et TPE à adapter leur process pour se passer de ces ingrédients et additifs.

Aucune base objective selon la Fict

La Fict estime que ce projet de loi ne repose sur aucune base objective. Dans un communiqué, l’organisation met en avant que contrairement à ce que propose la mention, il n’y a pas de lien formel entre les nitrites dans les charcuteries et le cancer colorectal. « Aucune évaluation scientifique n’est disponible pour pouvoir affirmer que l’interdiction des nitrites ne condamnerait pas les consommateurs à des risques sanitaires graves. C’est pourquoi, tous les pays du monde recommandent, voire rendent obligatoire (l’Allemagne par exemple) l’usage des nitrites dans la plupart des recettes de charcuterie », précise  le texte de la Fict. La fédération fustige aussi un projet de loi qui « bafoue les institutions d’évaluation scientifique nationales en refusant d’attendre l'avis de l’Anses sur les nitrites, qui sera publié en juin 2022 ».

Cet avis scientifique, déjà attendu pour une proposition de loi similaire en janvier 2021, devait être présenté en juillet 2021 mais il a été de nombreuses fois reporté. A ce sujet, les députés qui portent la proposition de loi mentionnent "qu'un des chercheurs menant à bien l’expertise a démissionné lors du dernier trimestre de l’année 2021, dénonçant les nombreux dysfonctionnements et pressions subies. » Quant aux risques de botulisme, les auteurs du projet de loi rappellent que les règles d’hygiène ont évolué et qu’il est désormais possible de produire des charcuteries sans nitrites comme le font Herta, Fleury Michon ou encore la Cooperl.

Une nouvelle pétition auprès des députés

Face à la Fict, le trio Foodwatch, Yuka et Ligue contre le Cancer s’est reformé pour soutenir la proposition de loi. Les trois acteurs avaient déjà lancé une pétition pour interdire les nitrites et nitrates ajoutés en novembre 2019 (environ 363 000 signatures lors de sa remise au gouvernement en 2022) et ont relancé mi janvier une autre pétition (33 000 signatures en une semaine), cette fois destinée à inciter les députés à voter en faveur de la proposition de loi.

Pourquoi la proposition resurgit-elle maintenant alors que l'avis de l'Anses est encore en attente ? Peut-être ce choix est-il dicté en partie pour l’urgence de la situation : les travaux de l’Assemblée nationale seront mis en suspens le 27 février, puis les élections législatives renouvelleront les députés (et les forces en vigueur) en juin 2022. Si la proposition de loi n’est pas rapidement validée, elle sera probablement retardée de plusieurs mois ou même abandonnée selon la composition de la future Assemblée.

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