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Contaminants chimiques

PFAS : l'Anses établit une méthode de priorisation pour la surveillance

Dans un rapport d'expertise publié en octobre 2025, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation) dresse un état des lieux de la contamination des milieux par les composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS) et propose une méthode pour hiérarchiser leur surveillance.
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  • Auteur : Stéphanie Perraut
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Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) représentent plusieurs milliers de composés capables de s'accumuler et de diffuser dans l'environnement. Leur toxicité reste partiellement connue, souligne l'Anses, qui plaide pour une surveillance élargie et hiérarchisée de ces substances persistantes.

Un cadre européen en évolution

Saisie en 2022 par plusieurs directions ministérielles (DGS, DGAL, DGCCRF, DGT, DGPR), l'Agence a conduit une expertise collective sur les PFAS présents dans les compartiments environnementaux. L'objectif : établir un bilan national des contaminations, identifier les substances prioritaires et formuler des recommandations pour la surveillance et la gestion des risques.

Le rapport s'inscrit dans un contexte réglementaire en évolution. L'Union européenne examine une proposition de restriction globale des PFAS dans le cadre du règlement Reach, portée par cinq États membres dont la France. En parallèle, la directive (UE) 2020/2184 sur la qualité des eaux destinées à la consommation humaine impose, à partir de 2026, le contrôle de 20 PFAS. En France, la loi du 27 février 2025 interdit dès le 1er janvier 2026 la mise sur le marché de certains produits contenant des PFAS (cosmétiques, farts de ski, textiles et imperméabilisants, hors usages professionnels spécifiques).

Un état des lieux fondé sur deux millions de données

Entre septembre 2023 et septembre 2024, l'Anses a compilé et exploité près de deux millions de données relatives à 142 PFAS. Les mesures portent sur les eaux destinées à la consommation humaine, les eaux environnementales, les sédiments, les biotes (organismes vivants d'un écosystème), les aliments, l'air, les poussières, les sols, les matrices biologiques humaines (sang, urine, lait maternel) et les produits de consommation (cosmétiques, textiles, papiers).

Les données proviennent des dispositifs de surveillance nationaux, de la littérature scientifique et du secteur industriel (fédérations, associations). Faute de données françaises pour certains compartiments, des informations européennes ont été intégrées, notamment pour l'air, les sols et les poussières. Pour les produits de consommation, la recherche a été menée à l'échelle mondiale.

Les travaux de biosurveillance se sont appuyés sur les études Esteban (Santé publique France) et Elfe (Ined et Inserm).

Des contaminations hétérogènes selon les milieux

Les PFAS à chaîne courte (≤ C8), tels que le PFPeA, le PFHxA, le PFOA, le PFOS et le PFHxS, sont les plus fréquemment détectés dans les eaux souterraines, de surface et de consommation, avec des médianes proches de 10 ng/L. Les PFAS à chaîne longue (C9 à C13), moins solubles, s'accumulent dans les sédiments et les biotes.

Dans les aliments, le PFOS reste dominant dans les poissons et fruits de mer, avec des concentrations atteignant 0,34 µg/kg en contexte non caractérisé et jusqu'à 2,7 µg/kg dans les zones contaminées. Le PFBA et le PFNA sont également présents dans les viandes et les œufs.

Les sols et poussières présentent des niveaux très variables, de quelques nanogrammes à plusieurs milliers de nanogrammes par gramme près des sites industriels. L'air intérieur contient majoritairement des fluorotélomères d'alcool (8:2 FTOH), encore peu surveillés.

Les produits de consommation constituent une source importante de contamination secondaire. L'Anses note la présence de PFAS dans les textiles, produits d'entretien, cosmétiques et papiers, avec un risque de transfert vers les matériaux recyclés.

Les données de biosurveillance confirment la présence généralisée de PFAS dans le sang des adultes et des enfants. Les niveaux observés sont inférieurs aux rares seuils existants pour le PFOS et le PFOA et comparables à ceux mesurés en Europe. Aucune donnée nationale n'est en revanche disponible sur les expositions professionnelles.

Une méthode de catégorisation et de priorisation des PFAS

Pour adapter la surveillance à la diversité des composés, l'Anses a développé une méthode de catégorisation intégrant 247 PFAS, dont le trifluoroacétate (TFA), inclus dans la catégorisation mais sans valeur toxicologique de référence disponible à ce jour. Cette méthode repose sur le croisement de deux ensembles de données :

  • la présence des substances dans les compartiments environnementaux,
  • leur toxicité (valeurs toxicologiques, classification CMR - cancérogène, mutagène, reprotoxique -, potentiel de perturbation endocrinienne et écotoxicité).

Les PFAS sont positionnés dans une matrice croisant un score d'occurrence (SO) et un score de toxicité (ST). Cette approche permet de hiérarchiser les substances selon leur danger et leur fréquence de détection.

Le passage de 142 à 247 PFAS s'explique par l'intégration de 105 substances supplémentaires identifiées grâce à la collecte de nouvelles données toxicologiques. Ces composés, jusque-là peu documentés, ont été inclus pour élargir la stratégie de surveillance et mieux couvrir la diversité des substances présentes dans l'environnement.

Trois niveaux de surveillance recommandés

L'Agence propose trois niveaux de surveillance :

  • Surveillance pérenne : pour les substances les plus préoccupantes et récurrentes dans les plans de surveillance nationaux ;
  • Surveillance exploratoire : pour les substances insuffisamment recherchées ;
  • Surveillance localisée : pour les sources de contamination avérées ou suspectées, qu'elles soient anciennes ou actuelles.

Ces stratégies sont déclinées pour les compartiments suivants : eaux de consommation, eaux environnementales, sédiments, biotes, aliments, air, poussières, sols et matrices biologiques humaines.

L'Anses recommande aux pouvoirs publics et aux acteurs concernés (employeurs, industriels, collectivités) d'adapter leurs dispositifs de suivi en fonction de cette hiérarchisation.

Orienter la recherche et la prévention

L'Anses souligne la nécessité d'investiguer des sources spécifiques : matériaux au contact des denrées alimentaires et de l'eau, matériaux de construction, produits de consommation. Elle recommande d'évaluer le potentiel de relargage ou d'émission de PFAS à partir de ces produits.

L'Agence appelle aussi à renforcer les connaissances sur la toxicité et les expositions professionnelles, en lien avec l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Les priorités de recherche portent sur les substances issues de la dégradation d'autres PFAS et celles présentant une forte accumulation ou persistance biologique.

Un dispositif de suivi évolutif

La méthode développée par l'Anses est conçue pour être actualisée régulièrement. L'Agence recommande la mise en place d'un dispositif national coordonné pour mettre à jour la catégorisation des PFAS à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles. Ce dispositif pourrait être intégré au plan interministériel sur les PFAS.

L'Anses invite également à adopter une approche globale de la surveillance des contaminants chimiques, incluant d'autres substances persistantes comme les dioxines, polychlorobiphényles (PCB), hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et métaux lourds.

Enfin, l'Agence rappelle la priorité d'agir à la source en réduisant les émissions industrielles et en soutenant la restriction européenne en cours d'instruction par l'Agence européenne des produits chimiques (Echa).

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