La filière laitière va bénéficier des nouvelles mesures annoncées fin avril par la Commission européenne pour contre l'impact économique de l'épidémie de Covid-19. Elle est autorisée à planifier collectivement la production de lait et va recevoir des aides au stockage privé. Crédit photo Adobe M.studio

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Covid-19 : la Commission européenne valide des mesures d’urgence

27 avril 2020 - Amelie Dereuder

Ardemment sollicitées par les filières lait et viande françaises, des mesures exceptionnelles ont finalement été prises par la Commission européenne pour lutter contre la crise du Covid-19. De quoi rassurer les acteurs, mais pas au point de les réjouir.

« Les conséquences de la crise du coronavirus se font de plus en plus sentir dans le secteur agroalimentaire. C'est pourquoi nous avons décidé d'agir rapidement, en complément des mesures déjà prises depuis le début de la crise », a déclaré, la semaine dernière, Janusz Wojciechowski, le commissaire chargé de l'agriculture au sein de la Commission européenne. Pour lutter contre les effets de la crise du Covid-19, trois grandes mesures ont ainsi été validées au niveau européen à partir du 30 avril 2020 :

  • Aide au stockage privé : la Commission propose d'octroyer une aide au stockage privé pour les produits laitiers (lait écrémé en poudre, beurre, fromage) et les produits à base de viande (bovine, ovine et caprine). Ce régime permettra le retrait temporaire des produits du marché pendant une période minimale de 2 à 3 mois et une période maximale de 5 à 6 mois. Cette mesure permettra de réduire l'offre disponible sur le marché et de rééquilibrer le marché à long terme.
  • Flexibilité pour les programmes de soutien du marché : la Commission introduira une certaine souplesse dans la mise en œuvre des programmes de soutien du marché en faveur du vin, des fruits et légumes, de l'huile d'olive, de l'apiculture et du programme de l'UE à destination des écoles (lait, fruits et légumes). Cela permettra de réorienter les priorités de financement vers des mesures de gestion de crise pour tous les secteurs.
  • Dérogation exceptionnelle aux règles de concurrence de l'Union européenne : applicable aux secteurs du lait et des pommes de terre, la Commission autorisera les opérateurs à adopter des mesures d'auto-organisation et de stabilisation du marché. Par exemple, le secteur du lait sera autorisé à planifier collectivement la production de lait et le secteur des pommes de terre sera autorisé à retirer des produits du marché. Ces accords et décisions ne seront valables que pour une période maximale de six mois. Les mouvements des prix à la consommation feront l'objet d'un suivi attentif afin d'éviter les effets négatifs.

Des mesures bienvenues, mais à compléter

« En l'état actuel de l'évolution du marché, les mesures proposées visent à stabiliser les marchés. Elles sont considérées comme les plus appropriées pour assurer la stabilité des prix et de la production à l'avenir, permettant ainsi de garantir l'approvisionnement et la sécurité alimentaires. Les mesures nouvelles et exceptionnelles, que nous annonçons aujourd'hui, visent à soutenir les secteurs agroalimentaires les plus touchés en s'attaquant aux perturbations déjà observées, ainsi qu'aux risques futurs », estime le commissaire chargé de l'agriculture.

Ces mesures ont été saluées par la France. Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, a ainsi remercié la Commission et se félicite d’une adoption rapide des textes, afin d’obtenir des effets rapides. Toutefois, il aimerait aller plus loin. « Compte-tenu de l’impact économique particulièrement lourd subi par la filière viticole, je souhaite que ces mesures soient complétées pour ces filières par une mise de fonds européens, et je prendrai de nouvelles initiatives en ce sens », a-t-il indiqué. Il demande également des fonds européens de soutien spécifiques pour la viticulture et les boissons alcoolisées, qui souffrent à la fois de l’arrêt de la restauration et des taxations américaines.

De leur côté, les syndicats agricoles FNSEA et JA estiment avoir été entendus, mais espèrent aussi des réponses sur la demande de mesures liées aux importations qui risquent d'aggraver les déséquilibres de marchés. Ces organisations attendent également de connaître les montants dédiés au budget additionnel. Comme elles l’expliquent dans un communiqué, « l'efficacité des mesures dépendra des montants réellement nouveaux qui seront alloués ».

L’interprofession de la volaille demande l’ajustement des importations

Quant à l’interprofession de la volaille de chair, elle s’inquiète de la poursuite des importations de pays tiers. La concurrence agressive de ces derniers a entrainé la création de stocks très importants (déséquilibre filets, cuisses, ailes), la destruction massive d'œufs dans les couvoirs et de cheptels chez les reproducteurs. L’Anvol demande ainsi que la Commission européenne ajuste les importations en provenance des pays tiers pour le second semestre 2020. La filière demande également que l’aide au stockage privé leur soit étendue, sachant que les stocks de viande de volaille à fin juin pourraient atteindre 40 000 tonnes. En complément l’interprofession demande au gouvernement français une meilleure mise en avant de l'origine française des volailles en restauration hors domicile, ainsi qu’une aide financière pour mettre en œuvre un plan de sauvegarde en faveur de certaines filières qui risquent de disparaitre comme le canard, la pintade, la caille, le pigeon ou encore le poulet de Bresse.

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