La Confédération paysanne, le Synabio, l’association Agir pour l’Environnement et France Nature Environnement s’opposent au soutien financier et politique de la certification HVE, qu’ils décrivent comme du greenwashing. Crédit photo Adobe SergeVo

Vie des IAA

La filière bio et la confédération paysanne s’insurgent contre la certification HVE

3 décembre 2020 - Amelie Dereuder

La nouvelle a de quoi surprendre : le Synabio, la Confédération paysanne, l’association Agir pour l’Environnement et France Nature Environnement s’opposent à la certification Haute Valeur Environnementale. Ils souhaitent empêcher la création d’un crédit d’impôt d’une valeur de 76 millions d’euros, qui bénéficierait aux exploitations labellisées. Mais pourquoi donc ?

« Enfumage », « greenwashing » « tromperie du grand public », les mots de la filière bio et de la Confédération paysanne ne sont pas tendres pour qualifier la certification Haute Valeur Environnementale. Mais pourquoi cette hostilité envers un label qui soutient de meilleurs pratiques agricoles, et de plus en plus plébiscités par les transformateurs et les distributeurs ? « Il s’agit d’un maquillage d’une agriculture du passé, un coup de peinture verte sur des pratiques qui ne sont plus tenables climatiquement, environnementalement ou socialement », attaque Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne. L’association, ainsi que le Synabio, Agir pour l’Environnement et France Nature Environnement, ont publiquement appelé à ne pas la soutenir financièrement, contrairement à ce que s’apprête à faire le gouvernement.

Un crédit d’impôt de 76 millions d’euros

À l’occasion du plan de relance, le gouvernement a annoncé la création d’un crédit d’impôt HVE pour un montant de 76 millions d’euros, pour soutenir la conversion des exploitations vers des pratiques agricoles plus durables. Cette création doit intervenir dans le projet de loi de finances 2021. L’amendement de la loi propose une aide financière de 2500 euros par an, ce que les associations environnementales essaient d’annuler. La crainte : que la HVE cannibalise les financements au détriment de cahiers des charges plus exigeants.

Selon elles, la certification HVE n’est pas un élément de transition majeur car elle ne nécessite pas de changement de pratiques et contient de nombreuses incohérences. « Cela ne signifie en aucun cas des pratiques favorables pour l’environnement : on obtient des points de biodiversité si on élève plusieurs espèces sur une exploitation, même s’il s’agit d’élevage intensif ! Même chose si on utilise un outil pour adapter l’ajout d’engrais, alors qu’on pourrait planter des légumineuses pour les supprimer ! Autre exemple, un producteur de pommes peut mettre autant de traitements chimiques qu’il le souhaite s’il possède aussi des prairies non traitées », énumère Claire Garrot, membre de la commission PAC de la Confédération paysanne. Le fait que la HVE ne contiennent pas de mesure sociale, de bien-être animal et qu’elle autorise la production hors sol et hors saison pose aussi problème à l’organisation.

Une concurrence de l’agriculture bio

Jacques Caplat, secrétaire général d’Agir pour l’Environnement critique aussi l’option B de la certification HVE. « Cette possibilité permet de se faire certifier si l’on consacre moins de 30 % de son chiffre d’affaires aux intrants. Pour les productions à forte valeur ajoutée comme le vin, il n’y a aucun effort à faire car les intrants représentent peu par rapport aux revenus finaux ! ». Une faille qu’exploiteraient beaucoup de producteurs et qui expliquerait selon lui le grand nombre de certification en viticulture. Le Synabio est aussi opposé à la HVE. « Elle n’interdit pas les pesticides ou les OGM. En plus, cette diversité de label trouble les consommateurs. Ici, il y a une volonté d’enfumage », continue Didier Perréol, président du syndicat des transformateurs bio. C’est donc la concurrence de pratiques jugées « moins disantes » qui gêne la filière bio.

Outre le fait de ne pas subventionner cette certification autant que la bio, le collectif propose deux solutions : « résoudre les incohérences de la HVE et éliminer l’option B ! », comme l’avance Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement.

Ré-allouer le budget

A noter, ce crédit d’impôt de 76 millions d’euros ne pourrait pas être reporté sur celui dédié à la bio, déjà en place. Ce dernier est évalué à 3500 euros par an et il n’est pas prévu de l’augmenter. Mais les syndicats et associations opposés à la HVE aimeraient que ce budget soit alloué à l’agriculture paysanne ou bio. « Les aides pour les agriculteurs bio installés depuis plus de cinq ans ont été supprimées, et on ne sait pas si elles seront réintroduites dans le prochain projet de loi », fait valoir Claire Garrot.

En attendant, les discussions sont toujours en cours. Reste voir si les députés vont finalement voter pour soutenir ou couler la Haute Valeur Environnementale. Et ce qu’il adviendra des fameux 76 millions d’euros.

En juillet 2020, on comptait 8218 exploitations certifiées HVE en France. L’objectif est d’atteindre 15 000 fermes d’ici 2022 et 50 000 en 2030.

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