Tereos inaugure à Nesle (80) le nouveau moulin de son amidonnerie
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- Auteur : Stéphanie Perraut
Le groupe Tereos, acteur majeur de la transformation des céréales, vient d’inaugurer le nouveau moulin de son amidonnerie de Nesle, dans la Somme. Ce projet s’inscrit dans une stratégie industrielle qui associe montée en gamme des équipements, baisse des consommations énergétiques, diversification des débouchés et soutien à l’économie régionale. L’entreprise met aussi en avant une trajectoire de décarbonation qui couvre l’ensemble de sa chaîne de valeur.
Ce projet intervient dans un contexte tendu pour la filière amidonnière française. L’Usipa (Union des Syndicats des Industries des Produits Amylacés et de leurs dérivés) a annoncé un chiffre d’affaires 2024 de 3,1 milliards d’euros, en recul de 21 % par rapport à l’an dernier. L’association, qui regroupe ADM, Cargill, Roquette et Tereos, indique que ce repli touche l’ensemble des débouchés. Selon Mariane Flamary, secrétaire générale, « la contraction est particulièrement marquée sur le marché français (- 27 %) ainsi qu’à l’export », en baisse de 18 % en un an.
Un outil conçu pour améliorer la valorisation du blé régional
Le moulin de Nesle reçoit chaque année près de 800 000 tonnes de blé en provenance des régions Hauts-de-France et Grand Est. Le nouveau bâtiment remplace des installations anciennes. Tereos met en avant des équipements plus performants, capables d’améliorer les rendements tout en divisant par deux la consommation électrique du site.
« Ce nouveau moulin est à la fois une démonstration de performance et de durabilité. Il nous permet d’améliorer la valorisation de nos grains et d’inscrire le moulin comme l’un des plus performants d’Europe. Avec Nesle, nous renforçons notre empreinte des plus importants transformateurs de céréales en France », affirme Olivier Leducq, directeur général.
Un levier pour les activités amylacées du groupe
L’amidonnerie reste un pilier de la diversification chez Tereos. Le groupe se situe au deuxième rang mondial pour les protéines de blé et au troisième rang européen pour les produits amylacés. Nesle fournit des ingrédients destinés à l’alimentation, à la nutrition animale, à la chimie du végétal et à la pharmacie.
L’entreprise relie cet investissement industriel à sa stratégie « Cultivate Net-Zero ». Cette offre regroupe des produits décarbonés issus de pratiques agricoles régénératrices. Le groupe met en avant une baisse de 27 % de ses émissions industrielles entre 2018 et 2022. Il finance aussi des diagnostics carbone pour ses coopérateurs et propose des primes pour certaines cultures bas carbone.
Un impact territorial direct dans les Hauts-de-France
Le moulin compte 290 emplois directs et plus de 1 600 emplois indirects. Les deux tiers se situent dans la région. Le site représente un point d’ancrage important pour la filière céréalière locale. L’investissement s’inscrit dans la stratégie annoncée par l’entreprise pour renforcer la souveraineté agro-industrielle française. « Le moulin de Nesle est avant tout une belle aventure collective, portée par les hommes et les femmes qui font vivre ce site au quotidien. C’est une fierté pour notre équipe d’avoir relevé le défi de la reconstruction et de contribuer directement à la vitalité agricole et industrielle des Hauts-de-France », précise Nicolas Lemaire, directeur de l’établissement de Nesle.
Concurrence internationale et pression commerciale
Le secteur amidonnier doit aussi composer avec une concurrence internationale renforcée. Les nouveaux accords commerciaux, dont celui avec le Mercosur attendu en 2026, prévoient des contingents de produits amidonniers. Les négociations en cours avec la Thaïlande et l’Indonésie, premiers producteurs mondiaux de fécule de manioc, soulèvent des inquiétudes. L’accord politique conclu en 2025 avec les États-Unis instaure un droit de douane de 15 % sur certains produits amidonniers. « Nous sommes dans un contexte où la Commission européenne continue de conclure des contrats, et où les produits alimentaires sont une variable d’ajustement », observe Marie-Laure Empinet, présidente de l’Usipa.
Une feuille de route centrée sur la décarbonation
Au-delà de Nesle, Tereos entend réduire ses émissions sur l’ensemble du cycle de production, du champ au produit fini. La coopérative soutient les pratiques agricoles bas carbone de ses 10 300 coopérateurs. Elle a financé plus de 1 000 diagnostics (à hauteur de 75 %) et valorisé les cultures de betteraves bas carbone par des primes allant jusqu’à 150 € par hectare. Les investissements industriels doivent accompagner ce mouvement en améliorant les performances énergétiques des sites.
La décarbonation est un enjeu de longue date pour Tereos. En 2021, l’activité sirop de glucose du site de Nesle avait été lauréate du programme France Relance pour un projet qui consistait à remplacer la filtration membranaire céramique par un système organique et à remplacer l’évaporateur final, trois effets, par un équipement de type RMV (recompression mécanique de vapeur) pour remplacer le gaz par de l’électricité. Ces modifications devaient permettre une économie annuelle de 58 GWh d’énergie primaire.