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Les conservateurs associés au risque de cancer et de diabète

Des chercheurs de Cress-Eren (Inserm, Inrae, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité et Cnam) ont montré un lien entre consommation de sorbates, sulfites, nitrites, acétates et risque accru de cancers, tandis que d’autres conservateurs sont associés à un risque de diabète de type 2.
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  • Auteur : Amélie Dereuder
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Depuis quelques années, les études sur les risques des additifs alimentaires se multiplient. Après une étude en 2020 entre émulsifiants et inflammation intestinale par l’Institut Cochin et une publication en 2022 sur les édulcorants par les chercheurs de l’unité Eren (Inserm, Inrae, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité et Cnam), deux études se sont intéressées aux conservateurs début 2026. Les scientifiques de la même unité ont utilisé la cohorte NutriNet-Santé en se basant sur les habitudes alimentaires renseignées par plus de 100 000 Français entre 2009 et 2023, ainsi que les bases de données Open Food Fact, Oqali et Efsa pour calculer l’exposition des participants à 33 conservateurs (code E200) et 27 additifs antioxydants (code E300). Sur la période, 4226 participants ont reçu un diagnostic de cancer et 1131 ont développé un diabète de type 2. Les chercheurs ont tenu compte des facteurs comme le profil sociodémographique, la consommation de tabac, d’alcool ou encore la qualité nutritionnelle de l’alimentation pour éviter de biaiser les résultats.

Des risques plus élevés de cancer et diabète

D’après la publication dans The BMJ, une consommation plus élevée de plusieurs conservateurs est corrélée à un risque plus élevé de cancer. Les sorbates, en particulier le sorbate de potassium, sont liés à une augmentation de 14 % du risque global de cancer et à une élévation de 26 % du risque de cancer du sein. Les sulfites sont associés à une augmentation de 12 % du risque global de cancer et le métabisulfite de potassium est relié à une incidence accrue de 11 % de cancer au global et 20 % de cancer du sein. Le nitrite de sodium est corrélé à une hausse de 32 % du risque de cancer de la prostate, tandis que le nitrate de potassium est lié à une augmentation du risque de cancer en général (13 %) et de cancer du sein (22 %). Enfin, les acétates sont associés à une augmentation du risque de cancer en général (15 %) et de cancer du sein (25 %), tandis que l’acide acétique est corrélé à une augmentation de 12 % du risque de cancer en général. Parmi les conservateurs antioxydants, seuls les érythorbates totaux et l’érythorbate de sodium ont un lien avec un risque plus élevé de cancer au global (12 %) et du sein (21 %).

Les résultats publiés dans Nature communications sont aussi inquiétants pour le diabète de type 2, dont le risque augmente avec la consommation élevée d’une douzaine d’additifs comme le sorbate de potassium (E202), métabisulfite de potassium (E224), nitrite de sodium (E250), acide acétique (E260), acétates de sodium (E262) et propionate de calcium (E282), ascorbate de sodium (E301), alpha-tocophérol (E307), érythorbate de sodium (E316), acide citrique (E330), acide phosphorique (E338) et extraits de romarin (E392).

Revoir la réglementation

Comme le pointe Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm, coordinatrice de ces travaux, « il s’agit des deux premières études au monde sur les liens entre additifs conservateurs et incidence de cancer et de diabète de type 2. Bien que les résultats de ces deux études doivent être confirmés, ils concordent avec les données expérimentales suggérant des effets néfastes de plusieurs de ces composés. » Anaïs Hasenböhler, doctorante à l’Eren qui a réalisé ces études, ajoute que « ces nouvelles données s’ajoutent à d’autres en faveur d’une réévaluation des réglementations régissant l’utilisation générale des additifs alimentaires par l’industrie alimentaire afin d’améliorer la protection des consommateurs. »