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Contaminants

Micro et nanoplastiques : les principaux enseignements de l’expertise pilotée par Inrae

Lancée en 2023, une expertise scientifique collective pilotée par Inrae et le CNRS livre ses premiers enseignements sur les effets des microplastiques et nanoplastiques (MNP). Si leur présence dans l'environnement est massive et bien documentée, leurs conséquences pour la santé humaine restent mal connues.
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  • Auteur : Stéphanie PERRAUT
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Depuis 2023, une expertise scientifique collective (ESCo) réunissant une trentaine de chercheurs pilotés par Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) évalue l'état des connaissances sur les MNP, leurs effets et les leviers d'action. Basées sur l'analyse de plus de 4 500 publications scientifiques internationales, les premières conclusions ont été livrées à l'occasion d'un colloque public le 23 mai 2025. Le point en cinq chiffres clés.

20 % des plastiques sont destinés à l'agroalimentaire

L’usage des plastiques a façonné la chaîne de valeur alimentaire contemporaine. L’expertise souligne que l’essor des plastiques a accompagné l’industrialisation de l’agriculture et de l’alimentation. Ils sont devenus omniprésents. En France en 2023, 20 % des plastiques consommés seraient destinés aux secteurs agricole et alimentaire, dont 91 % servent à l’emballage des aliments et des boissons et 9 % à l’agriculture. Parmi les plastiques agricoles, 73 % sont utilisés dans les systèmes d’élevage, en particulier dans les emballages. Ce développement s’explique par leur faible coût, leur légèreté et leurs propriétés de conservation. Les plastiques ont ainsi contribué à la standardisation des pratiques agricoles et à l’allongement des chaînes logistiques.

1,5 % de la production européenne est biosourcée

Les plastiques sont composés de polymères et d’additifs qui leur confèrent des propriétés spécifiques. Ils peuvent aussi intégrer plusieurs couches, colles ou barrières, ce qui rend leur recyclage complexe. Leur composition finale reste souvent inconnue, en raison du secret industriel et de la présence de NIAS (non-intentionally added substances), substances non intentionnellement ajoutées.

Les plastiques biosourcés, issus de la biomasse (comme le PLA à base de maïs), ne représentent en 2023 qu’environ 1,5 % de la production française et européenne. Leur formulation reste aussi complexe que celle des plastiques pétrosourcés. 
L’expertise souligne le manque d’essais menés en conditions représentatives, hors laboratoire, pour apprécier l'efficacité réelle des plastiques.

35 % des plastiques sont recyclés en France

Le tri, la collecte et le recyclage sont freinés par l’hétérogénéité des plastiques et par le manque d’infrastructures adaptées. La valorisation énergétique domine encore. À l’échelle mondiale, 64 % sont mis en décharge. Au niveau européen, 42 % des plastiques sont incinérés (33 % à l’échelle française) et 35 % sont envoyés au recyclage comme en France .

Malgré leur recyclabilité théorique, de nombreux plastiques ne sont pas réutilisés en pratique, en raison de leur composition complexe : couches multiples, additifs variés et substances non intentionnellement ajoutées (NIAS, pour non-intentionally added substances). Ces éléments compliquent le tri, le recyclage et l’évaluation de leur sécurité, notamment lorsqu’ils sont destinés au contact alimentaire.

Le procédé industriel le plus courant est le recyclage mécanique , qui ne modifie pas la chaîne du polymère. Il reste toutefois limité par la dégradation des matériaux, leur contamination et une faible rentabilité. Seules les bouteilles d’eau en PET peuvent être recyclées pour un usage identique, sous conditions strictes. Les autres plastiques alimentaires sont transformés en produits non alimentaires. En outre, pour garantir des propriétés fonctionnelles, le recyclage implique souvent l’ajout de nouveaux matériaux, ce qui accroît le risque de contamination. Aucune technologie actuelle ne permet leur réutilisation complète.

Par ailleurs, la biodégradabilité annoncée de certains plastiques, notamment biosourcés, dépend fortement des conditions environnementales : très peu se dégradent réellement en milieu naturel, en dehors de dispositifs industriels spécifiques. Les experts soulignent qu' un meilleur étiquetage serait nécessaire "pour adapter leur traitement selon leurs capacités réelles de biodégradation".

De 100 à 10 000 particules de microplastiques par kg de sol

Selon les experts, tous les types de sols, même désertiques, sont contaminés par des microplastiques à des taux allant de 100 à 10 000 particules par kilogramme de sol dans le premier mètre de profondeur . Les sols agricoles sont fortement touchés. La contamination totale des sols par les microplastiques serait même supérieure à celle des océans. Les sources incluent les dispositifs plastiques agricoles (paillage), l’épandage (compost et lisier), l’irrigation ou encore les dépôts atmosphériques, sans qu’il soit aujourd’hui possible de quantifier précisément la part de chacune.

Les microplastiques servent d’habitat à certains microorganismes qui réduisent la biodiversité microbienne des sols. Ils contaminent aussi la faune et la flore, soit directement via l’environnement, soit par transfert le long de la chaîne alimentaire, en affectant d’abord les organismes du sol et les plantes.

Des effets neurologiques dès 6,5 ng/kg/jour

Les microplastiques sont retrouvés dans plusieurs organes humains (poumons, système digestif, placenta, lait maternel). Ils peuvent induire du stress oxydatif, altérer le métabolisme cellulaire et agir comme vecteurs de contaminants toxiques. Les nanoplastiques, encore peu étudiés, pénètrent les cellules. Des effets précliniques sont observés à partir de 20 µg/kg/jour (inflammations, fibroses, troubles reproducteurs), voire dès 6,5 ng/kg/jour pour des atteintes neurologiques. Ils affectent aussi la qualité de production des animaux d’élevage. En facilitant l’adsorption de substances toxiques, les microplastiques agissent comme des « chevaux de Troie ».

Plus de 10 000 substances peuvent migrer des plastiques vers les aliments . Deux familles concentrent les recherches : les phtalates et le bisphénol A (BPA), reconnus comme perturbateurs endocriniens . Le BPA est lié à l’obésité, au diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires. L’Efsa signale que l’exposition au BPA dépasse les seuils réglementaires pour une majorité de la population européenne.

La réduction de la production de plastiques est désormais un objectif prioritaire reconnu par la communauté scientifique. Le recyclage, même lorsqu’il est encouragé, reste une réponse partielle, souvent corrélée à l’introduction de plastiques vierges dans le circuit. Le rapport alerte sur le risque d’en faire un substitut à des approches structurelles comme le réemploi ou la sobriété. Quant aux plastiques biosourcés, ils présentent les mêmes limites de formulation, de traitement et de fin de vie que les plastiques pétrosourcés.

Pour répondre à ces enjeux, les experts recommandent d'agir à plusieurs niveaux : renforcer l’éducation à l’environnement, encadrer les pratiques de lobbying, appliquer les textes en vigueur (directive sur les plastiques à usage unique, loi anti-gaspillage), et soutenir les négociations internationales vers un traité mondial sur les pollutions plastiques. Ils insistent aussi sur la nécessité de mieux documenter les usages réellement essentiels des plastiques tout au long de la chaîne de valeur , afin de définir des scénarios crédibles de réduction de la production et de la consommation.

LANTECH
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