Face à « des distributeurs hors la loi », l’Ania appelle à réformer la LME

5 mars 2013 - Pierre Christen

« Cette course effrénée au prix le plus bas, sans aucune prise en compte des augmentations de matières premières, ne peut plus continuer. Il est temps que les distributeurs prennent leurs responsabilités et acceptent de payer le juste prix des produits. S’ils n’en prennent pas conscience eux-mêmes, il va falloir les y contraindre », a déclaré Jean-René Buisson, président de l’Ania.

Les négociations commerciales entre les distributeurs et leurs fournisseurs viennent de s’achever. Et d’après un communiqué de l’Ania, intitulé « Des distributeurs hors la loi et des entreprises au bord de la faillite », elles se sont très mal passées.

« Cette course effrénée au prix le plus bas, sans aucune prise en compte des augmentations de matières premières, ne peut plus continuer. Il est temps que les distributeurs prennent leurs responsabilités et acceptent de payer le juste prix des produits. S’ils n’en prennent pas conscience eux-mêmes, il va falloir les y contraindre », a déclaré Jean-René Buisson, président de l’Ania.

Le bilan dressé par l’association est lapidaire : refus systématique des tarifs des industriels, plans d’affaires vidés de leur contenu, aucune contrepartie aux réductions de prix, aucun engagement des enseignes, pressions psychologiques et économiques… Le communiqué décrit la situation de manière lapidaire : « Les distributeurs, sans aucune exception, se sont montrés sans foi ni loi et encore plus agressifs que les années précédentes ». Résultat : « près de 5000 emplois disparus et 5000 autres cette année si les Pouvoirs publics ne font rien de concret ».

Réformer la Loi de modernisation de l’économie

Pour Jean-René Buisson, la seule solution est d’amender la LME (Loi de modernisation de l’économie), qui en 2008 a libéralisé le cadre des négociations commerciales. Les distributeurs s’écharpent sur ce point. Lors de la dernière assemblée générale de Produit en Bretagne, qui s’est tenue début février à Saint-Malo (35), en pleine conclusion des négociations commerciales, Serge Papin, p-dg des Magasins U et Michel-Edouard Leclerc se sont affrontés de manière cinglante.

Le patron de Système U reconnaît que le secteur agroalimentaire français est une pépite, qui subit une contrainte forte. « Une forte menace pèse sur l’équilibre entre les PME et la grande distribution. Il faut collectivement que nous sortions de cette situation, si l’on vont que les PME se développent et recréent de l’emploi. », affirme-t-il. Pour lui, le problème vient principalement de la guerre des prix à laquelle se livrent les enseignes Leclerc et Carrefour.

La guerre des prix entre Leclerc et Carrefour

« Cette guerre des prix porte sur les grandes marques, pas sur les PME, mais c’est les PME qui la financent, explique-t-il. Car la grande distribution, c’est de la péréquation de marges. Si on ne fait pas de marges sur les grandes marques, il faut bien en trouve ailleurs ». Une situation que le patron de Système U résume par la formule « C’est le coco de Paimpol qui finance le coca d’Atlanta ! ».

Il demande une évolution de la LME, pour mieux prendre en compte les spécificités des PME et des filières agricoles. « Cette loi est la même pour toutes les entreprises, ce n’est pas normal. Nous pesons 0,5 % des ventes d’une multinationale et plus de 20 % pour certaines PME. La dépendance et donc la responsabilité ne sont pas la même », conclut-il.

La réponse de Michel-Edouard Leclerc

Lors de l'AG de Produit en Bretagne, Michel-Edouard Leclerc a défendu la loi de modernisation de l'économie (LME).

Michel-Edouard Leclerc a habilement défendu une loi, qu’il avait lui même contribué à initier en 2008 dans sa posture rôdée de « chevalier blanc » du pouvoir d’achat. « Cette proposition va produire les résultats inverses que ceux attendus, a-t-il réagi. Il défend son raisonnement : « Dans la situation actuelle, les PME ne sont pas en première ligne, car on gagne de l’argent en vendant leurs produits. Si on nous impose un taux de marge sur les grandes marques, on fera pour la première fois des gains sur celles-ci. Dès lors, le risque serait grand que cette guerre des prix se reporte directement sur les PME », affirme-t-il. Et il répond à la formule de Serge Papin par une autre formule : « si l’on est obligé de faire de la marge sur Coca-Cola, c’est Breizh-Cola qui est mort ».

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