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Matières premières : il n’y a plus de « trésor de guerre »

2 novembre 2011 - La rédaction

 

Parmi les matières premières qui préoccupent les industriels : le sucre dont le prix a presque doublé par rapport à l'an dernier.

La volatilité du prix des matières premières sera un axe central du prochain G20. En effet, de fluctuations en fluctuations, on a vu le cours des matières premières comme le blé, ou encore le sucre (+50% en un an) flambé ces dernières années.

Derniers en date à tirer la sonnette d’alarme : les transformateurs de fruits. Les industriels concernés, réunis au sein de la Fiac (Fédération des industries d’aliments conservés), s’inquiètent des hausses de prix annoncées sur la campagne 2011 : plus de 10% pour la pêche, la cerise et le cassis et plus de 20% pour l’abricot et la fraise, par rapport aux prix de 2010.

Une augmentation qui s’explique par une conjonction de facteurs : un déficit de production lié en particulier à de fortes intempéries dans de nombreux bassins de productions européens et des stocks quasiment inexistants.

Et si les industriels s’alarment, c’est parce qu’il est de plus en plus difficile de subir ces hausses de matières premières sans pouvoir les répercuter dans les prix de vente. Résultat : les fabricants doivent prendre dans leurs marges, ce qu’ils avaient déjà fait suite à la crise de 2007-2008. En 2010, et encore plus en 2011, il n’y a plus de « trésor de guerre » : chacun se doit de gérer la volatilité au mieux.

Radio France internationale publie aujourd’hui une étude du groupe d’assurance crédit Coface. Cet organisme chargé d’assurer les fournisseurs contre les défauts de paiement de leurs clients souligne « la fragilité croissante du secteur agroalimentaire en Europe et ailleurs dans le monde. De plus en plus d’entreprises sont en difficulté à cause de la volatilité des cours des matières premières ».

Principalement touchées, « les PME qui ont été prises en tenailles entre des coûts de plus en plus élevés et la réticence de la distribution a répercuter ces hausses auprès des consommateurs, dans une Europe confrontée désormais à la quasi-récession » (à lire sur ici sur RFI.fr)

Comment analyser cette volatilité des prix ? Offre et demande agricole, spécialiste du conseil en gestion de risques répond en 5 points.

  • D'où vient la volatilité ?

Elle est liée à la libéralisation des marchés ; comme le montre l’influence de l'Agenda 2000 sur la volatilité du prix des céréales, de même que la forte progression du prix des huiles en Europe, lors de la crise économique de 2007 / 2008. Grâce aux prix d'intervention, régulant les marchés, la PAC a longtemps mis à l'abri les agriculteurs européens des fluctuations de cours sur le marché mondial, et notamment américain.

  • Quelle est la part de la spéculation financière ?

Les financiers ne sont pas responsables de la tendance ; mais par contre ils amplifient les mouvements, en particulier lorsqu’ils sont à la hausse. A la vitesse actuelle de diffusion de l'information, les marchés bougent tout de suite !

La volatilité est dépendante de la situation économique. Avec le risque de stagnation de la consommation des produits agricoles, ou, par exemple, la perturbation des marchés de matières premières par les marchés financiers. Cependant les produits agricoles ont une certaine indépendance; ce sont avant tout des biens concrets, et de ce fait ils peuvent être un refuge pour les investisseurs.

  • Quels sont les enjeux de la volatilité ?

Les conséquences s’appliquent à toute la filière, de l'amont à l'aval : pour les agriculteurs, pour l'organisme collecteur et pour les industriels transformateurs. Pour ces derniers, cela signifie une hausse du coût des matières premières, un risque de prix d'achat hors budget, qui va se répercuter sur les marges de l'entreprise, et un risque concurrentiel. En règle générale, l’industrie agroalimentaire subit très fortement la volatilité des matières premières : volatilité des résultats, risque concurrentiel, marges négatives.

  • Toutes les entreprises sont-elles égales face à cette volatilité?

Les entreprises les plus protégées sont celles à valeur ajoutée, ayant pour objectif d'améliorer leur marge; c’est le cas des entreprises qui disposent de leur propre réseau de distribution. En comparaison, les entreprises spécialisées dans la MDD ou qui dépendent des marchés publics, sont au pied du mur. Leur objectif est de conserver leurs parts de marché et de ne pas faire tourner les usines à marge négative. Pour les très petites entreprises, c’est un problème compliqué, car elles risquent de se faire racheter.

Tout industriel dont les matières premières pèsent plus de 50 % de son CA (faible valeur ajoutée) doit se soucier de la volatilité, en recourant à des produits adaptés.

  • Peut-on gérer la volatilité ?

Il faut déterminer une stratégie de couverture avec les outils disponibles : flux physiques, marché à terme, options... Cette stratégie comporte plusieurs étapes:

  1. Détermination de ses seuils d'achat, et ensuite de sa marge en fonction des contrats négociés avec les distributeurs, en tenant compte du risque concurrentiel; il faut une démarche de maîtrise exhaustive des coûts de production. Ne rien faire est déjà en soi une manière de spéculer.
  2. Réduire son exposition par les moyens suivants : - auditer ses fournisseurs, - contractualisation, - constituer une trésorerie d'avance, - privilégier en interne une approche collégiale en faisant travailler ensemble responsable achats, directeur financier et DG.
  3. Assurer son seuil d’achat quand il est atteint : par l'utilisation des marchés à terme, des options et des produits structurels, proposés par exemple par les banques pour les TPE.
  4. S'informer sur l'évolution des marchés, en ayant recours à un cabinet de conseil qui a l’avantage de fournir une analyse du marché synthétique et indépendante, ou le faire par ses propres moyens. En se méfiant cependant de l'information gratuite qu’on trouve, notamment, sur Internet. Le 2ème conseil est de faire évoluer ses stratégies, en anticipant grâce à des indicateurs, en modifiant si nécessaire ses positions. Dans le but de bâtir des stratégies dynamiques.

 

Le plan d'action d'Alsa France

"Ne pas faire l'opération d'un seul coup", Jean-Philippe Martenot président d'Alsa france

Alsa France dont la production est concentrée à Ludres (54) a l'avantage d'appartenir au groupe Unilever. Les achats de matières premières et d'emballages font l'objet d'un seul et même contrat au sein du groupe.

Pour l'entreprise spécialisée dans trois gammes de « Food solutions » (aides à la pâtisserie, desserts au lait et aux fruits, gâteaux) et dont les fabrications reposent sur deux grandes technologies : les déshydratés (85% de l'activité) et le liquid food, le poste achats est très important.

L'entreprise, a précisé Jean -Philippe Martenot président d’Alsa France, lors de l’AG du Pôle agroalimentaire lorrain, a du faire face à des hausses qui s'échelonnent de + 2% à + 15% suivant les produits (cacao, sucre , améliorants, farines...). Elle a décidé d'agir sur une période de trois ans, pour ne pas opérer tout en un seul coup, en se donnant l'objectif de réduire d’1,5 M€ l'impact des hausses de coûts.

Le plan d'action d'Alsa France a ainsi mis sur pied des ateliers préparatoires en présence des fournisseurs majeurs. Des thèmes de travail sont fixés en amont de ces réunions. Le mot d'ordre est que chacun trouve des idées nouvelles d'économies à réaliser. Les groupes de travail suivent une procédure par étapes : idées, - faisabilité, - capacité de réalisation, , - lancement (par exemple de nouvelles recettes) , - nouvelles idées et point sur les actions déjà engagées. Actions et gains font l'objet d'un suivi trimestriel.

 

 

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