Prix du lait : une hausse à confirmer

9 avril 2013 - Pierre Christen

Les grandes enseignes conditionnent la hausse envisagée à une totale transparence des marges des industriels privés et des coopératives, sous le contrôle des pouvoirs publics. © SemA - Fotolia.com

Depuis des mois, les éleveurs laitiers font face à une hausse des coûts de l’alimentation animale, qui met en péril leur trésorerie. La flambée des prix des céréales a entraîné une augmentation des charges d’environ 30 € par 1000 litres de lait produits. Face à ces difficultés, les éleveurs demandent d’urgence une revalorisation du prix de lait de 2 à 3 centimes par litre.

Pour trouver une issue, une table-ronde a été organisée hier réunissant éleveurs, industriels laitiers et grande distribution sous l’égide des pouvoirs publics. Les distributeurs se sont exprimés en faveur d’une hausse du prix du lait, mais sans l’entériner, sans l’élargir à tous les produits laitiers, et tout en mettant la pression sur les transformateurs.

Une hausse de 2 cts/l envisagée

Les enseignes de la FCD (Auchan, Carrefour, Casino, Cora, Monoprix) ont ainsi proposé d’augmenter de manière exceptionnelle, pendant les trois prochains mois, leur prix d’achat de 2 centimes d’euros par litre de lait de consommation, soit plus de 5% d’augmentation.

Ces grandes enseignes conditionnent cette hausse à un engagement signé par tous les acteurs de la filière auprès des ministères de l’Agriculture et de l’Economie ainsi qu’un avis favorable des autorités chargées de la concurrence. Les distributeurs demandent que les industriels du lait s’engagent à reverser l’intégralité de cette hausse aux éleveurs laitiers. Pour ce faire, ils exigent une totale transparence des marges des industriels privés et des coopératives, sous le contrôle des pouvoirs publics.

Du côté des indépendants, Serge Papin, le patron de Système U, a proposé d’augmenter le prix du lait de 3 centimes par litre pendant six mois, dans le cadre d’un accord volontaire. A compter du 10 avril 2013, Intermarché a annoncé qu'il achètera son lait à marque propre (1er prix et Pâturages) 2 centimes plus cher le litre, ce qui porte à 3 centimes du litre l’augmentation du prix d’achat depuis le début de l’année 2013. Pour le lait bio, cette augmentation s’élèvera à 4,5 centimes. Quant à E. Leclerc, l’enseigne met en avant une hausse en moyenne de 4,39 % acceptée sur le prix du lait depuis janvier. Elle annonce aussi l’accord de principe de ses adhérents pour une nouvelle hausse à condition qu’elle s’applique à tous les distributeurs (y compris le hard-discount), qu’elle soit placée sous le contrôle des pouvoirs publics et qu’elle bénéficie directement aux producteurs de lait.

Vive réaction de Michel-Edouard Leclerc

Sur son blog, Michel-Edouard Leclerc a d’ailleurs vivement réagi aux déclarations d’Olivier Picot, président de la Fédération nationale des industries laitières. Ce dernier avait ciblé directement Michel-Edouard Leclerc dans la presse. "C’est lui qui octroie ou n'octroie pas les hausses, selon son bon vouloir". Ce à quoi le p-dg de l’enseigne a répondu : "Vous dénoncez l’oligarchie des distributeurs, mais vous occultez le fait que votre syndicat s’accommode de l’oligopole que représentent les trois opérateurs laitiers, qui se répartissent 90 % du marché du lait de consommation français".

Cette tension entre industriels et distributeurs est au cœur de la crise. En amont de la table-ronde, Syndilait, le syndicat professionnel regroupant les opérateurs du marché de lait de consommation, a rappelé "la nécessité de revaloriser le prix du lait payé aux producteurs mais aussi de restaurer les marges très dégradées des transformateurs". Une revendication exprimée également par la FNCL (Fédération Nationale des Coopératives Laitières) : "les pouvoirs publics doivent soutenir la nécessité d’une hausse massive des tarifs pour que les transformateurs comme les producteurs retrouvent des marges". Ces organisations ne dissocient pas la situation des éleveurs de celle des transformateurs.

La réforme de la LME en ligne de mire

En filigrane, apparaît le combat larvé que se livrent industriels et distributeurs autour de la Loi de modernisation de l’économie (LME), les premiers voulant une réforme, les seconds privilégiant le statu-quo. Rappelons que le gouvernement a engagé une révision de la LME, qui devrait intervenir en juin. L’objectif serait de mieux prendre en compte les variations des coûts de production, en proposant des mécanismes de révision des prix liés aux cours des matières premières.

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